La sécurité d’approvisionnement en électricité au cœur d’Energissima

S’il n’y a pas de décarbonisation sans électrification, la Suisse est bien loin d’atteindre ses objectifs 2050. Au rythme actuel, il faudra plus de cent ans pour y parvenir, alors que la sécurité d’approvisionnement est mise à mal avec des craintes de pénurie d’électricité déjà en 2025. Energissima, dans le cadre de son édition 2022, a décidé de rassembler les acteurs de la branche, de la recherche et de la politique pour en débattre.
03.05.2022

L'intervention de Dominique Martin, responsable Affaires publiques (5:45 - 12:45)

Après deux ans d’absence dus à la crise sanitaire, le salon des solutions durables et de la transition énergétique a pu à nouveau accueillir ses visiteurs pour sa 10ème édition. Une centaine d’exposants sur 7000m2, des animations pour le grand public et de nombreuses conférences ont animé l’Espace Gruyère à Bulle du 28 avril au 1er mai dernier. S’il est plaisant de retrouver le «courant normal» des activités sociales et professionnelles, une autre épée de Damoclès pèse sur la Suisse: une pénurie d’électricité. Cette dernière – qui relèguerait la crise Covid au statut d’amuse-bouche – menace toujours davantage.

«Chaque kilowattheure compte.»

Une conférence organisée par Energie-FR a réunit des experts avérés en ouverture du salon le 28 avril. Ce débat a permis de mettre en lumière les enjeux cruciaux de la sécurité d’approvisionnement en énergie. Il y a de quoi nous faire peur, car on parle de risques de blackout et de pénurie d’énergie d’ici à 2025 déjà, et même d’une tempête solaire qui pourrait causer de grands dégâts d’infrastructure vers la fin de la décennie. En effet, on est face à une véritable conjonction de facteurs de risque, comme l’a souligné Dominique Martin: volatilité sans précédent des marchés, capacité d’importation sous l’épée de Damoclès de la transition énergétique allemande et le parc nucléaire vieillissant français, stabilité du réseau de transport mise à mal par l’absence d’accord sur l’électricité, et depuis peu, la Guerre en Ukraine.

En même temps, l’urgence climatique nous contraint à agir, et vite, conduisant à une augmentation de la consommation d’électricité, qui nécessite à son tour un rapide développement des énergies renouvelables – chaque kilowattheure compte. Or, l’essor des renouvelables peine à s’installer tant que les procédures d’autorisation n’auront pas connu un vent de renouveau. On est face à une croisée des chemins: «continuerons-nous à nous empêtrer dans la tergiversation ou prendrons-nous enfin nos responsabilités?»

De gauche à droite: Patrick Favre-Perrod (HEIA-FR), Dominique Martin (AES), Jacques Mauron (Groupe E), Nell Reimann (Swissgrid), Pierre-André Page (Conseiller national UDC/FR), Patrick Bertschy (Romande Energie), Pierre Veya (Tamedia, modération)

Les solutions seraient toutes là, a rappelé Jaques Mauron. Mais encore faut-il les «mettre en place pour éviter que notre dépendance aux importations en hiver ne se multiplie par 10» et que les risques de pénurie n’augmentent drastiquement. Il n’y a pas de «ou», mais que des «et» dans les solutions. Il faudra donc impérativement mettre à profit toutes les ressources disponibles, y compris les économies d’énergie. Pierre-André Page aussi a appelé à ne pas mettre tous les œufs dans le même panier et diversifier autant que possible les sources d’approvisionnement. Pour ce faire, il faut lever les oppositions qui s’élèvent contre bon nombre de projets. A titre d’exemple: à peine la table ronde sur l’hydraulique avait-elle conclu sur 15 projets d’importance pour accroître la capacité de stockage hivernale, que trois projets sont déjà confrontés à des vents contraires.

«Sans réseau, pas d’approvisionnement.»

Nell Reimann et Patrick Bertschy ont rappelé que sans réseau, pas d’approvisionnement. Pour garantir la bonne marche du réseau de transport, une collaboration avec les partenaires européens est incontournable – et pour pouvoir le développer en réponse aux futures sollicitations, les procédures doivent s’accélérer. Côté distribution, les défis de la décentralisation et de l’électrification demandent un développement technologique du réseau vers plus d’intelligence, et partant une attention accrue à la cybersécurité. En ce qui concerne la recherche et le développement, des créneaux intéressants s’offrent aux spécialistes nouvellement formés, selon Patrick Favre-Perrod. Du travail reste donc à faire pour mener à bien la transformation du système énergétique et la sécurité d’approvisionnement.