Électromobilité

Depuis quelques années, l’électromobilité connaît un véritable essor, qui s’explique par l’ambition de réduire les émissions de CO₂ ainsi que par les progrès technologiques, en particulier au niveau des accumulateurs. En Suisse également, l’électromobilité offre à la branche de l’électricité des opportunités pour développer de nouveaux modèles d’affaires, tout en posant de grands défis.

Élément central du «tournant au niveau des transports», les voitures de tourisme disposant d’un moteur électrique – qu’elles soient propulsées uniquement par accumulateur ou qu’il s’agisse de voitures hybrides ne fonctionnant que partiellement à l’électricité – doivent faire fortement baisser les émissions nocives dues à la mobilité. Une voiture qui roule à l’électricité ne produit pas de gaz d’échappement, du moins pas à l’échelle locale. Si, en plus, la voiture électrique est chargée grâce à du courant écologique «propre», son bilan environnemental est nettement meilleur que celui des modèles à combustion.

Récemment, le rapport de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) intitulé «Global EV Outlook 2018» a fourni des informations sur la présence toujours plus importante des véhicules propulsés à l’électricité sur le marché. En 2017, le nombre de voitures électriques nouvellement immatriculées a pour la première fois passé la barre du million. La vente de voitures électriques a ainsi augmenté de 54% par rapport à l’année précédente. La forte croissance de 2017 porte le nombre de voitures électriques en service à travers le monde à plus de 3 millions. Les bus et les deux-roues électriques ne sont pas non plus en reste, notamment grâce à la hausse considérable de leur nombre en Chine. On compte déjà 250 millions de deux-roues en circulation dans le monde.

Le boom de l’électromobilité s’accompagne, en parallèle, d’un développement de l’infrastructure de chargement. Les stations de chargement privées, au domicile ou sur le lieu de travail, prennent en particulier l’ascenseur; mais les bornes de recharge publiques connaissent elles aussi une hausse. Sur toute la planète, on enregistre déjà 3 millions de prises de recharge.

voiture électrique, chargement
Carburant à la prise : seulement 3% des voitures nouvellement mises en circulation ont un moteur électrique.

Le soutien étatique stimule la demande

En 2017, plus de la moitié des ventes de véhicules de tourisme à propulsion électrique ont eu lieu en Chine, et 40% de la flotte mondiale de voitures électriques circulent sur les routes chinoises. Ces chiffres augmenteront probablement encore à l’avenir. La Chine a annoncé l’introduction d’un contingent de voitures électriques que les fabricants et les concessionnaires automobiles devront respecter à partir de 2019. Selon ce quota, le gouvernement attribue des points pour les propulsions alternatives, les voitures fonctionnant uniquement à l’électricité obtenant par exemple une meilleure note que les véhicules hybrides. Les concessionnaires et les fabricants qui ne respectent pas – conformément à ce système – une part minimum de 10% (12% à partir de 2020) de moteurs alternatifs doivent s’acquitter d’amendes.

En Europe aussi, les interventions étatiques contribuent à stimuler le marché des véhicules électriques. En 2017, c’est en Norvège que les voitures électriques ont atteint les parts de marché les plus élevées (39% des nouvelles immatriculations). Dans ce pays, le gouvernement encourage résolument l’achat d’une voiture électrique en accordant des avantages fiscaux et d’autres incitations financières telles que la suppression des frais de stationnement. Les subventions peuvent atteindre 12 000 à 20 000 euros pour un seul acheteur de voiture. Il n’est ainsi pas étonnant que la Norvège soit le pays possédant la plus grosse part de voitures électriques dans sa flotte nationale de véhicules – et de loin. Là-bas, 6,2% de tous les véhicules de tourisme sont équipés d’un moteur électrique. Avec 5,2 millions d’habitants et plus de 100 000 voitures électriques en circulation, le pays scandinave affiche le plus grand nombre de véhicules électriques par personne au monde. D’ici à 2025, le gouvernement norvégien entend interdire la vente de voitures propulsée à l’énergie fossile.

Les prix des accumulateurs en forte baisse

Mais les subventions ne sont qu’un des éléments expliquant le succès croissant de l’électromobilité. La baisse vertigineuse des prix des batteries lithium-ion joue également un grand rôle, évolution due surtout à la croissance continue dans le domaine de l’électronique grand public. Dans ce contexte, les batteries lithium-ion pour les voitures électriques ont connu une baisse des prix d’environ 80% entre 2010 et 2017. Le prix moyen par kilowattheure de capacité de stockage est passé de 1000 dollars US en 2010 à 209 dollars US l’année dernière. Étant donné que la batterie représente toujours l’élément le plus cher dans un véhicule électrique, ces baisses de coûts ont une répercussion positive évidente sur le prix d’achat de ces véhicules. Vu la courbe d’apprentissage toujours croissante, l’évolution des prix devrait poursuivre sur cette lancée réjouissante à l’avenir. La hausse continue des appareils portables, des dispositifs de stockage domestiques d’électricité et des batteries automobiles sur le marché mondial entraînent une augmentation de la production de batteries lithium-ion, ce qui fait encore baisser les coûts. Les spécialistes tablent sur des batteries à moins de 100 dollars US par kilowattheure de capacité de stockage d’ici à 2025.

Toutefois, l’avenir est aussi empreint d’incertitudes, liées principalement à la disponibilité et au prix de matières premières importantes. Cela concerne en particulier le cobalt, métal présent dans la cathode des batteries lithium-ion. Aujourd’hui, 60% du cobalt est extrait dans des mines de République démocratique du Congo, État ravagé par la guerre civile, et est transformé presque exclusivement en Chine. Cette répartition géopolitique fait augmenter le risque de rupture au niveau de l’approvisionnement, selon les spécialistes. Les experts de l’AIE estiment que, d’ici à 2030, la demande en cobalt pour les batteries sera 10 à 25 fois plus importante qu’aujourd’hui en raison de la croissance du marché des voitures électriques.