Chez Romande Energie, l’humain devient une «source d’énergie»

À une ère où la société et son employabilité sont en pleine mouvance, la transition énergétique amène également son lot de défis et d’opportunités pour les employeurs de la branche électrique. Face aux compétences de demain qu’il s’agit de réinventer, certains revoient le concept de ressources humaines et inventent celui de richesses humaines. Romande Energie a choisi une approche originale.
07.04.2022

Avec l’avènement de l’économie 4.0 et de la digitalisation, la société et son employabilité sont en pleine mouvance. Mais il ne s’agit pas du seul changement de paradigme. À l’heure de la transition énergétique et des changements de comportements en matière de consommation et de mobilité, la branche électrique est également mise au défi. Avec notamment le développement des énergies renouvelables, il est question de former les spécialistes de demain et de mettre la branche en réseau. Intégrer les nouvelles technologies, trouver le personnel qualifié: la transformation du système énergétique sollicite particulièrement les fournisseurs d’énergie. Là où s’ouvrent de nouveaux marchés, il faut repenser en profondeur ce qui existe.

Au cœur du changement, il y a l’individu. Il s’agit d’attirer ou de garder des collaborateurs qualifiés, que ce soit l’employé qui vit le changement de paradigme ou le jeune diplômé, avec ses nouvelles attentes. Pour accompagner ce changement, il y a la direction des ressources humaines (DRH), dont l’enjeu va résider dans sa capacité à analyser et anticiper les attentes au niveau des collaborateurs.

L’approche originale de Romande Energie

Ce n’est pas surprenant pour une entreprise énergétique de transformer des ressources en énergie. À force de panneaux solaires, d’éoliennes, de barrages ou de centrales à biogaz, elle crée des richesses à partir du soleil, du vent, de l’eau ou même de déchets. Ce qui est plus étonnant, c’est de se dire qu’une telle entreprise transpose ce modèle sur sa propre organisation. Chez Romande Energie, l’humain devient une «source d’énergie».

On pourrait craindre avec cette image que l’on épuise la ressource, qu’on la vide de son essence, de sa richesse. Or c’est justement le contraire que prône le groupe dans sa communication. Il a, en effet, engagé une «Directrice des Richesses humaines», Madame Virginie Vasselon, pour mener à bien une transformation culturelle, dans le but de créer une culture d’entreprise plus participative, dans laquelle les richesses de chacun sont mises en valeur.

Mettre l’intérêt des individus au centre

Au-delà des mots, il y a des mesures qui permettent de favoriser une utilisation plus marquée de l’intelligence collective en encourageant les collaborateurs à prendre plus de responsabilités, en leur fournissant des possibilités de formation et d’évolution et en leur donnant un environnement de travail agréable qui favorise une meilleure conciliation entre vie privée et professionnelle. Prendre soin de la richesse humaine pour créer une richesse d’entreprise, c’est ainsi qu’on pourrait résumer la démarche.

Mettre l’intérêt des individus au centre et favoriser ainsi une nouvelle culture d’entreprise propice à des idées novatrices est, sans aucun doute, une démarche originale. Il s’agira, avec le temps, de voir si cette nouvelle approche est efficace pour faire face aux défis de la branche. Car des défis, il y en a beaucoup. Face au manque de main d’œuvre qualifiée, il s’agit de motiver les jeunes et les moins jeunes à se lancer ou à se reconvertir dans les énergies renouvelables. Face au risque de pénurie, il s’agit de convaincre la population de la nécessité d’utiliser au mieux les richesses naturelles : pas seulement chez les autres mais aussi « dans son jardin » ; pas après des années de procédure mais immédiatement.


Interview avec Christian Petit

De la politique de ressource à celle de richesse - Depuis 2019, Romande Energie a une nouvelle orientation pour sa culture d’entreprise, basée sur trois piliers – économique, sociétal et environnemental. L’humain est au centre. La gestion des «ressources» humaines est devenue une gestion de «richesses» humaines. Au-delà du mot, il s’agit d’un réel changement de paradigme.

Depuis 2019, Christian Petit est le directeur général de Romande Energie. Dès son arrivée, il s’est attaché à entreprendre une nouvelle orientation en matière de culture d’entreprise.

Dans votre objectif de transition énergétique, quels profils cherchez-vous?

Christian Petit: Romande Energie ambitionne de faire de la Suisse romande la première région décarbonée de Suisse. Il est prévu d’y consacrer un programme d’investissement de 1,4 milliards de francs et d’engager 250 équivalents plein-temps d’ici à 5 ans. Les équipes seront complétées sur les grands axes de développement de l’entreprise, à savoir la production propre d’énergies renouvelables, électrique et thermique, mais aussi l’accompagnement des clients dans leur propre transition énergétique à travers des conseils et/ou des solutions clés en main. Les talents dont nous aurons besoin s’inscriront dans toutes ces activités liées à la décarbonisation et à la sécurité d’approvisionnement.

Y a-t-il des métiers en particulier ou des domaines dans lesquels il est difficile de recruter?

De manière générale, les métiers de terrain, tant dans le réseau que dans les services énergétiques, deviennent de plus en plus difficiles à pourvoir. La Suisse ne forme pas assez dans ces domaines et les jeunes suisses rechignent à s’y engager. Cela pourrait devenir le facteur le plus limitant dans l’atteinte de la transition énergétique de notre pays. À côté des procédures de recrutement habituelles, il convient donc pour une entreprise comme Romande Energie de renforcer sa marque employeur, de développer réseautage et bouche-à-oreille favorable – nous nous y employons.

On parle de manque de main d’œuvre qualifiée, notamment dans le photovoltaïque. Quelles sont les solutions?

En plus de nos collaborateurs qualifiés, nous travaillons avec de nombreux installateurs locaux et privilégions cette façon de faire en fonction des régions où se trouvent nos chantiers. Si la main-d’œuvre qualifiée est rare, une bonne organisation et une anticipation permettent en général de parer à ce problème tout en formant et en recrutant en parallèle. En effet, nous accordons une grande importance à la filière d’apprentissage permettant de former ces futurs installateurs, notamment. Nous offrons actuellement 58 places d’apprentissage dans près d’une quinzaine de différentes filières. Il importe de pouvoir garantir à ces futurs spécialistes un avenir dans un domaine très demandeur. Nous souhaitons être une entreprise formatrice de haut niveau et attachons une grande importance à pouvoir accompagner ces futurs professionnels. De manière plus générale, nous avons également mis en place un service d’inclusion et de soutien social avec pour but d’offrir une égalité des chances à des catégories de personnes ayant parfois un handicap de départ.

Vous avez proposé une nouvelle orientation pour la culture d’entreprise. De quoi s’agit-il?

Notre ambition repose sur une gestion équilibrée de l’entreprise, de ses objectifs et de ses priorités sur les trois piliers environnemental, économique et sociétal. En termes de culture de travail, nous encourageons chez nos collaborateurs l’autonomie, l’agilité, et le recours à l’intelligence collective, notamment dans le domaine de l’amélioration continue. De plus, nous cherchons toujours davantage à inclure l’ensemble de nos parties prenantes (fournisseurs, clients, actionnaires, collectivités locales) dans notre projet d’entreprise. Ces éléments constituent une transformation culturelle pour l’entreprise, dans laquelle nous entendons placer l’humain au centre de nos préoccupations. Outre les valeurs que Romande Energie prône depuis des années – la responsabilité, l’ouverture et l’innovation – l’entreprise attache beaucoup d’importance à l’authenticité et au droit à l’erreur. Conscients des nouveaux défis sociétaux dévoilés par la crise sanitaire, énergétique et environnementale, nous cherchons également à équilibrer la recherche d’efficience par le renforcement de notre résilience. Nous travaillons actuellement à la redéfinition de notre raison d’être, et donc des valeurs de Romande Energie.

Espace dédié aux échanges et à la convivialité dans les loaux de Romande Energie.

Quelles mesures particulières avez-vous mises en place?

Nous procédons chaque année à une grande enquête interne de satisfaction dont les résultats sont analysés pour une amélioration continue. Nous attachons beaucoup d’importance au bien-être de nos collaborateurs, à un bon équilibre entre vie professionnelle et vie privée, et à une culture d’entreprise saine et respectueuse des personnes. Ceci nous permet d’avoir un turnover relativement bas. Ces éléments contribuent à véhiculer une image de Romande Energie attractive pour attirer de nouveaux talents. Le positionnement et l’ambition du Groupe comme acteur de la décarbonisation sont un facteur évident de motivation pour les collaborateurs qui nous rejoignent. Ils ressentent, je crois, que cette ambition est vécue avec conviction, engagement et authenticité.

La focalisation sur le bien-être n’a-t-elle pas un coût en termes de productivité, que pensent les investisseurs?

Les investisseurs comprennent que pour obtenir une bonne performance dans la durée, il est nécessaire d’être un employeur respectueux et responsable, capable d’attirer des talents et de les fidéliser. L’adage qui dit qu’un collaborateur épanoui est un collaborateur performant s’applique plus que jamais. Par ailleurs, nos investisseurs analysent nos résultats – et notre stratégie pour les atteindre – et tant que ceux-ci sont au rendez-vous, ils comprennent d’autant mieux la pertinence de cet équilibre.

N’avez-vous pas peur que tout ce savoir parte à la concurrence?

Nous mettons un point d’honneur à ce que nos collaborateurs soient à tout moment «employables» et offrons tout un programme de formation de tout niveau. Si à un moment donné les compétences d’un collaborateur sont courtisées par un concurrent, cela veut dire que nous avons effectivement des collaborateurs compétents et employables, ce dont nous pouvons être fiers.

Quelles sont les mesures qui vous semblent essentielles pour retenir les talents chez vous?

Comme évoqué précédemment, nous sommes attentifs à un bon équilibre entre vie privée et vie professionnelle en proposant notamment des taux partiels et de la souplesse dans l’organisation du travail, nous offrons de bonnes conditions d’emploi, l’égalité salariale homme-femme, des possibilités d’évolution au sein du Groupe ainsi qu’un programme de formation continue. La culture du feed-back et la bienveillance à tous les échelons hiérarchiques font partie de ces valeurs qui font également la force de Romande Energie.

Romande Energie a une directrice des «richesses humaines». Dites-nous-en davantage...

Au contraire des ressources humaines qui nous semblent déshumaniser en quelque sorte nos collaborateurs, nous mettons l’accent sur la richesse que chacun de nos talents peut apporter à Romande Energie ainsi que sur l’énergie qu’il met au service de l’entreprise.

Et vous-même, êtes-vous source d’énergie?

Eh oui, chacun des plus de 1100 collaboratrices et collaborateurs est source d’énergie, y compris moi! Personnellement, je m’efforce d’observer et d’écouter beaucoup les signaux du marché afin de susciter les bonnes conversations au bon moment au sein de l’entreprise, puis je m’efforce de déléguer au maximum le développement et la mise en œuvre de la stratégie à nos managers et collaborateurs, en aidant là où je le peux pour ouvrir des portes commerciales, faire jouer mon réseau, apporter mon expérience humaine et professionnelle à mes collaborateurs. Je veille particulièrement au respect de notre culture et de nos valeurs. Enfin j’adore passer du temps à rencontrer nos clients, nos fournisseurs, les communes, et surtout visiter nos chantiers à la rencontre de nos collaborateurs terrain qui sont le vrai visage de notre entreprise au quotidien.

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