«Il serait judicieux d’augmenter les prix de l’énergie en hiver»

Le réseau électrique est la condition sine qua non pour la transformation du système énergétique. Mais pour répondre aux exigences liées à une production décentralisée, il faut impérativement procéder à des adaptations et à des renouvellements. Gian von Planta, membre du Comité de l’AES et responsable des installations et des réseaux au sein de SWL Energie AG, revient sur les solutions possibles ainsi que les défis auxquels sont confrontés les gestionnaires de réseaux de distribution locaux.
27.05.2022

Lors des Powertage, vous avez déclaré que, dans le cadre du tournant énergétique, le réseau n’était pas le problème, mais qu’il devait être adapté intelligemment pour répondre aux besoins futurs. N’est-il donc pas nécessaire de développer le réseau?

Gian von Planta: Si, une extension du réseau s’avérera sûrement nécessaire. Mais il s’agit de faire preuve d’une grande intelligence. Le réseau doit être robuste et les coûts doivent rester aussi bas que possible. Il nous faut également agir au niveau de la demande et ne pas simplement augmenter la puissance des réseaux en fonction des besoins.

Quels leviers faut-il actionner en priorité?

La puissance prélevée définit dans une large mesure les coûts d’un réseau. Par conséquent, nous devons émettre des signaux tarifaires clairs afin que la clientèle s’efforce de maintenir leur consommation la plus basse possible. C’est particulièrement important pour les stations de recharge électrique. Il serait donc pertinent d’introduire dans un avenir proche des tarifs de puissance pour la rémunération de réseau.

«Le réseau doit être robuste et les coûts doivent rester aussi bas que possible.»

Vous êtes responsable des réseaux d’une entreprise locale d’approvisionnement en énergie. Quels sont les principaux défis que représente le développement du réseau pour une telle structure?

Nous partons du principe que les premières congestions se produiront en hiver au niveau de réseau 6, éventuellement sur certaines artères électriques du niveau 7. La surveillance des stations de transformation deviendra donc essentielle.

Ces défis sont-ils les mêmes partout dans votre réseau ou constatez-vous des différences, par exemple entre les zones urbaines et rurales?

Il existe des différences. Si nous rencontrons peu de problèmes avec le développement du photovoltaïque en milieu urbain et que nous prévoyons des congestions plutôt en hiver, les installations photovoltaïques dans les zones rurales nécessitent déjà des adaptations du réseau.

«Nous devons émettre des signaux tarifaires clairs afin que la clientèle s’efforce de maintenir leur consommation la plus basse possible.»

En tant que représentant d’une société mixte de distribution, pouvez-vous nous dire quel potentiel représente le couplage des secteurs pour notre futur système énergétique? Bien que ce terme revienne sans cesse, il ne semble pas toujours être perçu correctement...

Le couplage des secteurs entre la mobilité et l’électricité va gagner en importance, notamment en ce qui concerne le lissage des pics ou le stockage à court terme de l’énergie. En revanche, le couplage des secteurs entre les réseaux de gaz, de chaleur à distance et d’électricité revêt une importance plutôt moindre pour les petites et moyennes EAE. Je pars du principe que de telles jonctions sectorielles se feront dans un petit nombre d’installations de plus grande envergure, par exemple dans des centrales à cycle combiné ou dans la production d’hydrogène.

Bien que les appareils électriques gagnent toujours plus en efficacité, les besoins en électricité augmentent, principalement en raison de l’électromobilité et de la production de chaleur. Comment inciter les consommateurs à utiliser l’énergie de manière plus efficace?

Plus l’énergie est chère, plus la population est attentive à sa consommation. Comme la situation en matière d’approvisionnement est complexe, particulièrement en hiver, il serait judicieux que les prix de l’énergie soient plus élevés durant cette période de l’année.    

Gian von Planta (48 ans) est responsable des installations et des réseaux au sein de SWL Energie AG à Lenzbourg. Diplômé de l’EPFZ (ingénierie mécanique/sciences de la gestion et de la production), il est membre du Comité de l’AES et de la DSV (Association faîtière des gestionnaires de réseaux de distribution suisses). Depuis 2019, il siège également au parlement du canton d’Argovie sous l’étiquette des Vert’libéraux.