L’avenir climatique, c’est maintenant

L’avenir n’a pas de date de lancement. Mais, tout comme la réalisation de notre objectif zéro émission nette en 2050, notre avenir est tributaire de jalons propices – et ceux-ci sont à poser maintenant. Une opinion de Michael Wider, président de l’AES
10.12.2020
Johannes Plenio/unsplash
Figure: Johannes Plenio/unsplash

Avec l’avenir, c’est délicat: le temps passe, mais l’avenir reste toujours infini, devant nous. Quand commence-t-il? L’avenir est permanent. Et pourtant, du point de vue de la politique énergique et climatique, pour le moment, nous lui avons épinglé une année: 2050. Pour la politique climatique, en effet, «avenir» est synonyme de «zéro émission nette».

«Zéro émission nette». C’est ce que veut le GIEC, c’est ce que veut l’UE avec son «Pacte vert pour l’Europe», c’est la volonté qu’a manifestée le Conseil fédéral en 2019, et c’est ce que demande maintenant l’Initiative pour les glaciers. L’initiative populaire «Pour un climat sain (initiative pour les glaciers)» a été déposée il y a un an. Largement soutenue jusque dans le camp bourgeois, elle demande que l’objectif zéro émission nette d’ici à 2050 soit ancré dans la Constitution, tout comme des prescriptions pour la mise en œuvre de cet objectif. La consultation sur l’initiative et sur un contre-projet direct proposé par le Conseil fédéral vient de s’achever.

L’initiative et le contre-projet poursuivent le même objectif, bien qu’avec des contraintes différentes. Mais toujours est-il que l’économie et la société devraient être très largement décarbonisées à partir de 2050, et les émissions inévitables devraient être compensées par des puits de carbone durables. Pour atteindre les objectifs climatiques, l’électricité jouera un rôle central : l’électrification, davantage d’énergies renouvelables indigènes, le couplage des secteurs, l’efficacité, ainsi que la flexibilité et le stockage seront les éléments-clés de la réussite.

L’AES soutient l’objectif de la neutralité climatique à partir de 2050, de même que la Loi sur le CO2 révisée. Elle demande que tous les secteurs de consommation contribuent de manière équivalente à la réduction des émissions. Pour cela, l’AES considère, à long terme, l’internalisation complète des coûts de CO2 comme étant la seule voie pertinente – laquelle doit se traduire par un système incitatif qui remplacera, à l’avenir, les mesures d’encouragement. L’Association a pris position sur l’Initiative pour les glaciers et sur le contre-projet direct; elle voit, sur certains points, des avantages dans le contre-projet. Par exemple, il faudrait pouvoir utiliser des puits de carbone à l’étranger en complément des puits de carbone en Suisse, pratique qui a déjà fait ses preuves jusqu’à présent pour les compensations. Nous devrions nous réserver cette ouverture vers un peu de flexibilité. La même chose vaut pour la consommation d’énergies fossiles, pour laquelle le contre-projet prévoit une réduction au lieu d’une interdiction. Une interdiction de technologie restreint la marge de manœuvre – mais c’est justement de cette marge de manœuvre dont nous pourrions avoir besoin pour garantir la sécurité d’approvisionnement à l’avenir, car la consommation d’électricité va fortement augmenter en raison de l’électrification, tandis qu’une partie de la puissance pilotable disparaîtra en parallèle. L’utilisation des énergies fossiles doit donc rester possible – mais seulement de manière subsidiaire, et elle doit servir l’intérêt de la sécurité nationale.

Que ce soit avec l’initiative ou avec le contre-projet, il faut adopter un certain rythme : pour la sécurité de planification et d’investissement, il est essentiel que la législation d’exécution soit promulguée sans tarder. Outre la Loi sur le CO2, cette législation doit aussi inclure une harmonisation au niveau de la LApEl, de la LEne, de la LApGaz et des législations cantonales. Même si le courant électrique est une partie importante, nous devons penser en termes de système énergétique global – l’intégration des secteurs nécessite aussi une intégration des conditions-cadre.

Le secteur de l’électricité endosse par conséquent une tâche centrale pour atteindre l’objectif zéro émission nette: il est, pour ainsi dire, en pole position. D’autant que nous sommes dans un contexte de départ favorable, puisque nous disposons de l’hydraulique, de la biomasse, de l’éolien, du photovoltaïque et – avec une limitation dans le temps – de l’énergie nucléaire. Ces ressources sont essentielles pour remplacer la consommation fossile dans les différents secteurs que sont les transports, la chaleur, etc. Mais, pour que la branche électrique puisse effectivement assumer son rôle déterminant dans le processus de décarbonisation et continuer à garantir la sécurité d’approvisionnement, il est décisif de développer et de maintenir la production renouvelable à l’intérieur du pays, ainsi que de mettre en œuvre des mesures d’efficacité énergétique. L’avenir n’a pas de date de lancement. Mais, tout comme la réalisation de notre objectif zéro émission nette en 2050, notre avenir est tributaire de jalons propices – et ceux-ci sont à poser maintenant.

- Communiqué de presse: Oui à la neutralité climatique à partir de 2050 (25.11.2020)
- News de l'AES: L’AES s’engage en faveur de la Loi sur le CO₂ (01.12.2020)


Michael Wider

Auteur

Michael Wider est Président de l’AES.