«C’est le maintien de l’hydraulique qui est en jeu»

L’Office fédéral de l’énergie (OFEN) a publié son étude sur le potentiel de l’hydraulique en Suisse («Wasserkraftpotenzial der Schweiz»). Et selon l'OFEN, l’hydraulique engendre de solides rendements actuellement. Quelle est la position de l’AES sur les messages que fait passer cet étude? Entretien avec son Directeur, Michael Frank.
01.10.2019

Monsieur Frank, l’OFEN part d’un potentiel de développement beaucoup plus faible pour l’hydraulique. Pourquoi l’AES défend-elle les incitations à investir et des taxes plus basses?
Pour garantir un approvisionnement sûr, la Suisse a besoin d’un mix le plus varié possible de production renouvelable indigène. Il faut, en fin de compte, des incitations à investir et de la sécurité de planification pour tous, par exemple des procédures d’approbation pour l’éolien, pour les réseaux mais aussi pour le photovoltaïque à des endroits particuliers. L’hydraulique, aujourd’hui le principal pilier de la production suisse d’électricité renouvelable, est essentielle pour la Stratégie énergétique 2050. L’ensemble des énergies renouvelables fournissent actuellement plus de 60% de notre production de courant, ce qui nous place en tête parmi les pays européens. Grâce à l’hydraulique et au nucléaire, la production suisse de courant est largement exempte de CO2. En hiver, nos «dispositifs de stockage des Alpes», à savoir les lacs de retenue, contribuent largement à la sécurité d’approvisionnement. En outre, il faut des dispositifs de stockage supplémentaires, qu’ils soient électriques ou chimiques.

Dans la discussion autour de l’hydraulique, il n’est pas seulement question de son développement, mais aussi de son maintien. Rien que pour l’entretien des installations existantes, des investissements annuels d’environ 500 millions CHF sont nécessaires. Il existe des potentiels de développement intéressants, à savoir à travers les optimisations et les agrandissements des installations existantes. Dans les conditions-cadre actuelles, avec des prix de l’électricité plus bas et une charge fiscale plus élevée, ces projets ne sont toutefois pas rentables dans la plupart des cas – ou alors, ils sont bloqués ou retardés par des oppositions.

«Il existe des potentiels de développement intéressants, à savoir à travers les optimisations et les agrandissements des installations existantes»

En Suisse, depuis 2018, il est possible de demander des contributions d’investissement pour les nouvelles grandes centrales hydroélectriques ainsi que pour les agrandissements considérables de ce type d’installations. Cela suffit-il?
Les contributions d’investissement, inscrites dans la Loi sur l’énergie (LEne), constituent certes une aide, mais les obstacles à l’obtention de telles contributions devraient encore être revus à la baisse. Pour cela, des procédures plus rapides sont notamment nécessaires. C’est là que l’on voit les points communs avec l’éolien et les autres énergies renouvelables: il faut de la sécurité de planification et d’investissement. En apportant un soulagement au niveau des taxes et de la bureaucratie, on contribue largement à la sécurité d’investissement. Toutes les énergies renouvelables suisses doivent en fin de compte pouvoir résister sur des marchés dynamiques, de manière centralisée comme décentralisée, nationale comme internationale.

Pourquoi des dispositions de protection de la nature doivent-elles être adaptées, voire affaiblies, en fonction des constructions et des modifications d’installations hydrauliques?
La Stratégie énergétique 2050 attribue un rôle encore plus important à l’hydraulique, comme à toutes les autres énergies renouvelables. Pour pouvoir réaliser cette stratégie, la théorie ne suffit pas: il faut aussi agir de manière appropriée dans la pratique, avec pour optique les objectifs de la Stratégie énergétique 2050. Le courant renouvelable ne tombe pas du ciel, il a besoin d’installations de production. L’hydraulique fait actuellement face à un obstacle procédural de taille: si une installation de production fait l’objet d’une nouvelle concession, il est obligatoire de se référer à un état fictif de l’environnement, antérieur à la construction de la centrale, lors de la nécessaire étude de l’impact sur l’environnement. Cela entraîne une forte insécurité juridique et de planification, ainsi qu’une hausse inutile des prix de l’hydraulique. C’est pourquoi le Conseil national a récemment décidé d’éliminer cet obstacle, pour le maintien de notre hydraulique existante. Par conséquent, à l’avenir, l’état réel actuel de la nature pourra être pris comme base d’évaluation pour vérifier l’impact des installations sur l’environnement. C’est une décision réaliste, qui va dans le sens de la Stratégie énergétique, et qui ne remet aucunement en question l’écologisation de l’hydraulique. Les installations faisant l’objet d’une nouvelle concession doivent en effet continuer de respecter sans réserve l’ensemble des prescriptions environnementales.