Une nouvelle dynamique?

La plume politique 6/2019
01.06.2019

«La croissance de la part de production d’énergie volatile fait augmenter la demande de solutions permettant de continuer à mettre à disposition de l’électricité de manière permanente et sûre.» Cette constatation, ce n’est pas l’AES qui l’a faite, mais le Parti libéral-démocrate allemand (FDP), lequel a demandé il y a peu au Bundestag quel était le potentiel de l’hydraulique suisse pour répondre aux défis énergétiques en Europe.

«En clair, la Suisse a fait ce qu’elle avait à faire. Elle reste néanmoins exclue du négoce d’électricité européen.»

Dans sa réponse, le gouvernement fédéral allemand souligne que la Suisse dispose de «capacités d’importation et d’exportation relativement importantes» et d’«un nombre conséquent de centrales de pompage-turbinage qui peuvent participer au marché en tant qu’options de flexibilité». En clair, la Suisse a fait ce qu’elle avait à faire. Elle reste néanmoins exclue du négoce d’électricité européen. Le gouvernement allemand fait donc comprendre qu’un accord sur l’électricité entre l’UE et la Suisse irait «dans le sens de l’intérêt du gouvernement fédéral étant donné l’importance de la Suisse pour le marché de l’électricité en Europe».

Nos voisins directs d’Allemagne du Sud lorgnent eux aussi sur le potentiel de la Suisse: le ministre de l’environnement du Bade-Wurtemberg a laissé entendre que l’Allemagne du Sud serait de plus en plus dépendante des importations d’électricité venant du nord du pays ou des États voisins. On ose donc espérer que les choses puissent quand même encore évoluer par rapport à l’accord sur l’électricité. En effet, si la Suisse n’est pas prise en compte dans le paysage électrique européen, elle ne sera guère en position de prêter son appui en matière de sécurité d’approvisionnement.

En Suisse aussi, les choses ont évolué: le Conseil fédéral a opéré un revirement spectaculaire dans sa réponse à la dernière motion de la Commission de l’énergie du Conseil des États. Alors qu’encore récemment, il considérait l’approvisionnement en électricité comme largement garanti jusqu’en 2035, il partage désormais les doutes de la commission. Il accepte ainsi d’élaborer une organisation du marché qui garantisse la sécurité d’approvisionnement à long terme grâce à une production indigène adaptée et qui crée des incitations à investir.

Ces signaux donnent à espérer que les gouvernements nationaux ont entendu l’appel de l’AES et de neuf autres associations européennes de l’électricité. Dans une déclaration commune, celles-ci avaient déjà insisté à l’automne dernier sur le fait qu’un manque de capacité garantie menaçait et que le marché de l’électricité n’engendrait plus d’investissements. Nous sommes curieux de voir dans quelle mesure cette nouvelle dynamique se fera sentir dans les dossiers politiques.

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La plume politique

À la rubrique «La plume politique» du magazine de la branche Bulletin, Dominique Martin, Responsable Affaires publiques à l’AES, publie régulièrement ses commentaires et ses appréciations sur des thèmes de politique énergétique.