Sans œillères, s’il vous plaît!

La plume politique 2/2018
01.02.2018
Cheval avec des œillères

Après des années de douce torpeur, l’ouverture du marché de l’électricité réapparaît brusquement dans l’agenda politique. Les voix se multiplient pour que l’on entame enfin la deuxième étape de l’ouverture, et ce, sans tarder.

Le contexte politique est toutefois loin d’être simple. La consultation achevée début 2015 a révélé un tableau hétérogene : un tiers des parties consultées a dit oui, un tiers non, et le dernier tiers a lié son consentement à certaines conditions. C’est pourquoi il faut trouver un équilibre entre les différents intérêts politiques afin d’avoir des chances de réunir une majorité.

« Mais l’on peut légitimement se demander si le seul marché est à même de venir à bout des défis actuels et de garantir la sécurité d’approvisionnement. »

Aucune recette concrète de mise en œuvre n’est encore en vue. Une chose est sûre: sur le principe, la concurrence est appropriée et efficace. Mais l’on peut légitimement se demander si le seul marché est à même de venir à bout des défis actuels et de garantir la sécurité d’approvisionnement. En effet, l’ouverture complète du marché de l’électricité ne va pas sans grands conflits d’objectifs:

  • Achetons-nous seulement l’électricité la moins chère, ou visons-nous un approvisionnement renouvelable et exempt de CO2?
  • Misons-nous sur les importations, ou garantissons-nous un certain auto-approvisionnement grâce à la capacité d’investissement à l’intérieur du pays?
  • Les prix de l’électricité doivent-ils baisser, ou accordons-nous de la valeur à l’utilisation efficace de l’électricité?

Comme si cela ne suffisait pas, l'ouverture du marché de l'électricité est étroitement liée au délicat dossier européen et à la conclusion éventuelle d’un accord sur l’électricité.

Aborder l’ouverture du marché de manière isolée, sans regarder ni à gauche ni à droite, ne résoudrait aucun problème – voire en créerait de nouveaux. Aujourd’hui, il ne s’agit pas simplement de dire «oui» ou «non»: il faut plutôt considérer l’ouverture du marché dans un contexte global. Celle-ci doit s’aligner sur les objectifs de politique énergétique et climatique, en particulier sur celui de la sécurité d’approvisionnement. L’élaboration de la nouvelle conception du marché constitue le cadre idéal pour que cette discussion soit menée sans œillères.

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La plume politique

À la rubrique «La plume politique» du magazine de la branche Bulletin, Dominique Martin, Responsable Affaires publiques à l’AES, publie régulièrement ses commentaires et ses appréciations sur des thèmes de politique énergétique.