Que fait l’OFEN en matière d’hydrogène?

D’ici à 2025, 1600 poids lourds à pile à combustible devraient rouler en Suisse. L’hydrogène et son utilisation pour la transition énergétique occupent aussi l’Office fédéral de l’énergie. Nous avons discuté avec Markus Bareit, le responsable H2.
17.11.2020

Monsieur Bareit, les premiers camions à hydrogène font le tour des médias, et un réseau de stations-service devrait se déployer dans tout le pays d’ici à 2023. Dans quelle mesure l’OFEN se penche-t-il sur le «H2»?
Nous avons plusieurs projets en cours dans ce domaine. Nous avons analysé la situation en Suisse et en Europe, et nous initierons un dialogue entre les parties prenantes dans les mois à venir. La loi prévue sur l’approvisionnement en gaz inclura les gaz renouvelables, et par conséquent aussi l’hydrogène; en outre, l’hydrogène et d’autres combustibles et carburants basés sur l’électricité sont une composante importante des nouvelles «perspectives énergétiques 2050+», que nous publierons fin novembre. Le H2 a aussi une influence sur d’autres lois, comme la Loi sur les installations de transport par conduites – et nous étudions si la législation actuelle doit être révisée en conséquence. De plus, nous établissons une étude sur le stockage afin d’évaluer le potentiel et la rentabilité de différentes technologies de stockage, dont fait notamment partie l’hydrogène.

D’après l’OFEN, où l’hydrogène peut-il contribuer à la décarbonation, et où ne semble-t-il pas approprié?
Comme nous l’avons déjà communiqué dans notre document de prise de position sur le gaz en 2019, nous l’envisageons principalement dans la mobilité et l’industrie, et ce, pour des raisons de coûts et d’efficacité. Dans la mobilité, les véhicules à hydrogène sont particulièrement adaptés pour le transport lourd sur de longs trajets, grâce à un ravitaillement rapide et à une charge utile plus élevée. Pour les courts trajets et dans le transport de personnes, nous envisageons plutôt des véhicules à batterie électrique. Dans le domaine de la chaleur ambiante, il faudrait davantage miser sur les réseaux thermiques, les pompes à chaleur et, un jour, sur la géothermie. L’hydrogène ou les gaz de synthèse pourraient jouer un petit rôle dans les installations CCF.

«L’hydrogène vert est totalement produit à partir d’énergies renouvelables telles que l’éolien et le solaire»

Sur quelles couleurs faut-il miser... gris, bleu ou vert?
Pour l’hydrogène, le code couleur est effectivement déterminant. L’hydrogène «gris» est produit à partir de ressources fossiles. Avec le H2 bleu, du CO2 est émis et stocké; néanmoins, avec cette solution, du CO2 continue d’être émis lors de l’extraction et du transport de gaz naturel. Enfin, l’hydrogène vert est totalement produit à partir d’énergies renouvelables telles que l’éolien et le solaire. Le H2 gris n’est donc pas utile pour la décarbonation, alors que l’hydrogène bleu peut être une option pendant une phase transitoire. Pour atteindre l’objectif zéro émission nette d’ici à 2050 dans tous les secteurs, le secteur énergétique doit être décarboné autant que possible; c’est pourquoi la couleur de l’hydrogène d’avenir est plutôt le vert. Mais on ne pourra pas se passer des importations.

L’approvisionnement hivernal représente un grand défi pour la Suisse. Quel est votre point de vue sur la reconversion de l’hydrogène en électricité ?
Les pertes d’énergie sont déjà élevées lors de la production d’hydrogène à partir d’électricité; si l’on procède à nouveau à une conversion en électricité, elles se montent à près de 70%. Du point de vue de l’OFEN, cette utilisation n’aura aucun sens et ne sera pas rentable dans les 10 à 15 prochaines années. De plus, en Suisse, nous disposons encore de trop peu de possibilités de stockage. L’étranger utilise pour cela des cavités salines et des gisements de gaz épuisés – ce dont nous ne disposons pas.

Que signifie cela, de manière générale, pour le power-to-gas?
La production d’hydrogène vert a certainement du sens pour décarboner des secteurs tels que celui des transports, justement. Dans l’industrie aussi, par exemple pour le raffinement et la production d’ammoniac, on a déjà recours au H2, mais dans ce cas c’est souvent du «gris». À long terme, cet hydrogène devrait être autant que possible remplacé par de l’hydrogène vert afin d’atteindre les objectifs climatiques.

L’OFEN a récemment lancé le programme de recherche «SWiss Energy research for the Energy Transition» (SWEET)...
Lors du premier appel d’offres pour le nouveau programme SWEET, on avait déjà reçu 13 demandes de projet d’une valeur de 170 millions de francs. Le couplage des secteurs énergétiques et le recours à l’hydrogène sont là aussi des aspects importants qui nous ouvrent des voies vers un système énergétique plus durable.

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