On passe aux choses sérieuses

La plume politique 8/2018
01.08.2018
Kraftwerk

Suite à la décision de désaffectation du Detec, c’est officiel: fin 2019, la dernière heure de la centrale nucléaire de Mühleberg aura sonné. Du coup, la Suisse passe aux choses sérieuses en matière de sortie du nucléaire.

Celle-ci implique un besoin accru d’importation de notre pays, car le développement visé des énergies renouvelables sera loin de pouvoir compenser la disparition de l’énergie nucléaire. Qu’un accord sur l’électricité avec l’UE se réalise ou pas, la dépendance envers d’autres pays comporte des risques considérables. Nos voisins ne doivent ainsi pas simplement vouloir, mais aussi être en mesure d’approvisionner la Suisse en électricité.

Seulement voilà: l’association faîtière de la branche électrique allemande avertit que l’Allemagne se dirige sciemment vers un manque de puissance garantie, qui se réalisera d’ici 2023 au plus tard, conséquence de la sortie du nucléaire et de la réduction de la capacité des centrales thermiques fossiles faute de rentabilité. En clair: dans quelques années déjà, lorsque la production éolienne et solaire sera faible et qu’en même temps, la demande sera élevée, l’Allemagne ne pourra plus compter sur ses propres capacités d’approvisionnement et sera elle-même dépendante des importations. Ce scénario pourrait aussi se jouer dans d’autres pays d’Europe, à commencer par la France.

« Prendre au sérieux la sortie du nucléaire, cela signifie donc mettre l’accent sur la préservation d’une production indigène au moins dans les proportions actuelles. »

Les perspectives de la Suisse en matière d’approvisionnement sont donc loin d’être roses. C’est pourquoi l’ElCom prévient – à juste titre – qu’il conviendrait d’examiner comment les conditions-cadres d’investissement dans les installations de production indigènes pourraient être améliorées afin de réduire la dépendance envers les importations durant le semestre d’hiver.

Afin de minimiser le déficit énergétique en hiver, les centrales hydrauliques doivent être opérationnelles et présenter une grande disponibilité. Toutefois, au vu des perspectives d’investissement et du marché, on ne peut pas, aujourd’hui, considérer cela comme un acquis. Il en va de même pour le développement des énergies renouvelables conformément aux objectifs.

Prendre au sérieux la sortie du nucléaire, cela signifie donc mettre l’accent sur la préservation d’une production indigène au moins dans les proportions actuelles. Les thèmes stratégiques que sont: la sécurité d’approvisionnement, les énergies renouvelables, l’hydraulique, la redevance hydraulique, les objectifs climatiques, l’ouverture du marché de l’électricité – et toutes les interactions entre ces thèmes – ne peuvent pas être abordés de manière isolée.

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La plume politique

À la rubrique «La plume politique» du magazine de la branche Bulletin, Dominique Martin, Responsable Affaires publiques à l’AES, publie régulièrement ses commentaires et ses appréciations sur des thèmes de politique énergétique.