Pas comme ça. Mais comment ?

L’Europe et la Suisse entendent poursuivre une politique climatique ambitieuse. Or la transition énergétique suisse s’enlise. Tout projet d’une certaine envergure est confronté à des oppositions et n’a de chances d’aboutir qu’au prix d’une lutte procédurale acharnée. Nous sommes d’avis qu’il est temps de retrousser nos manches. Lisez à ce sujet notre dernière plume politique.
28.01.2020

L’Europe tente un grand coup : la neutralité carbone d’ici à 2050. Avec sa nouvelle présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, l’UE vient de lancer un « Green Deal » – soit rien moins qu’un grand chamboulement pour engendrer une Europe verte. La Suisse poursuit elle aussi un objectif zéro émission d’ici à 2050. La conseillère fédérale Simonetta Sommaruga entend donc faire de la transition énergétique l'un des piliers de son année présidentielle.

Dans ce contexte, l’énergie solaire est mise sur un piédestal. Or, même une vaste opération de déploiement de panneaux solaires ne suffira pas à faire réussir la transition énergétique et climatique. Il faut aussi un réseau électrique fiable, des dispositifs de stockage et des batteries, ainsi que des centrales hydrauliques et éoliennes qui contribuent à garantir une production indigène diversifiée et flexible. Enfin, l’échange d’électricité avec l’Europe reste indispensable.

«Il est temps de retrousser nos manches et de surmonter les blocages. La transition énergétique et climatique ne peut réussir que si nous ramons tous dans la même direction.»

Toutefois, sur tous ces fronts, l’élan est tué dans l’œuf. Le développement des énergies renouvelables en Suisse piétine. Seules les petites installations solaires progressent. Tous les autres projets – hydraulique, éolien, biomasse, géothermie – sont quasiment au point mort. Et pour cause : chaque nouveau projet est confronté à des oppositions et n’a de chances d’aboutir qu’au prix d’une lutte procédurale acharnée. Bien souvent, les investisseurs abandonnent, à bout de nerfs. Le réseau de distribution est coincé dans un corset régulatoire serré et n’a guère de marge de manœuvre pour se consacrer à l’avenir énergétique de manière novatrice. Le réseau à très haute tension et, partant, l’ensemble de la stabilité du système souffrent toujours plus de l’absence d’accord sur l’électricité avec l’UE.

Jusqu’à présent, la politique n’a pas réussi à fournir de réponses concrètes à ces problèmes quotidiens. La transition énergétique, abordée encore récemment dans une grande euphorie, s’enlise. Conséquence : des discussions que l’on croyait closes s’embrasent à nouveau. Impossible d’interpréter autrement les voix prônant un retour à l’énergie nucléaire, largement audibles en Suisse comme dans l’UE.

Est-ce ainsi que nous voulons empoigner l’avenir énergétique ? Non. Il est temps de retrousser nos manches et de surmonter les blocages. La transition énergétique et climatique ne peut réussir que si nous ramons tous dans la même direction. C’est le seul moyen d’ouvrir la voie à des solutions pragmatiques et judicieuses axées sur l’objectif commun. La branche de l’électricité est dans les starting-blocks.

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La plume politique

À la rubrique «La plume politique», Dominique Martin, Responsable Affaires publiques à l’AES, publie régulièrement ses commentaires et ses appréciations sur des thèmes de politique énergétique.