Ne restons pas les bras croisés!

La plume politique 4/2018
01.04.2018
Réservoir

La sécurité d’approvisionnement de la Suisse est garantie jusqu’en 2035. C’est ce qu’affirme le Conseil fédéral en se basant principalement sur deux hypothèses: 1) La Suisse sera plus fortement intégrée dans le marché de l’électricité européen; 2) Le parc de production suisse (à terme sans nucléaire) sera maintenu et se développera conformément aux objectifs de la Stratégie énergétique 2050.

Selon le Conseil fédéral, il conviendrait uniquement d’introduire une réserve stratégique pour des situations extrêmes. Fin de l’alerte donc, pour tous ceux qui se soucient de notre sécurité d’approvisonnement? Non! Une réserve stratégique ne vise que la sécurité d’approvi­sionnement à court terme, par exemple pour couvrir des situations ponctuelles de pénurie en hiver. En revanche, elle n’a aucun impact sur le maintien et le développement de la capacité de production. Elle ne répond donc pas à la question centrale de la sécurité d’approvisionnement à long terme et du maintien d’un niveau de production indigène suffisant.

«Une réserve stratégique ne saurait constituer l’unique mesure pour garantir notre sécurité d’approvisionnement. »

C’est ici qu’on touche au cœur du problème. En effet, le Conseil fédéral estime lui-même à 30 milliards de francs le besoin d’investissement pour rénover et entretenir la force hydraulique suisse entre 2010 et 2050. Or, ces (ré)investissements pourront difficilement être financés dans un environnement de prix bas. Une réserve stratégique de 100 à 200 millions de francs par an n’y changera rien. La pérennité de notre force hydraulique ne peut donc pas être considérée comme un acquis.

Le Conseil des États est parfaitement conscient de cette situation: lors de la dernière session de printemps, il a accepté à une très nette majorité une motion qui charge le Conseil fédéral de proposer des mesures visant à stimuler les investissements et à maintenir ainsi les installations suisses de production électrique à long terme.

L’approche adoptée sans équivoque par le Conseil des États montre la bonne voie. Une réserve stratégique ne saurait constituer l’unique mesure pour garantir notre sécurité d’approvisionnement. Ne restons donc pas les bras croisés et attaquons-nous aux vrais défis.

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La plume politique

À la rubrique «La plume politique» du magazine de la branche Bulletin, Dominique Martin, Responsable Affaires publiques à l’AES, publie régulièrement ses commentaires et ses appréciations sur des thèmes de politique énergétique.