Mutualiser pour mieux innover

Des réseaux interconnectés et digitalisés sont la clé pour un approvisionnement en énergie stable et efficace. Vingt distributeurs d’énergie romands se sont regroupés afin de favoriser la mise en place d’un système intelligent de comptage d’énergie tourné vers l’innovation. Initiative qui permettra de gérer toute la chaîne de métrologie.
27.09.2021

Conformément à l’Ordonnance sur l’approvisionnement en électricité (OApEl), les gestionnaires de réseau électrique (GRD) ont jusqu’au 31 décembre 2027 pour équiper le 80 % de leur parc en compteurs électriques intelligents. Cette mesure – qui s’inscrit dans la Stratégie énergétique 2050 de la Confédération – vise à optimiser la gestion des données des clients afin de réduire la consommation d’énergie et améliorer l’efficacité énergétique.

La donnée en ligne de mire

Dans un futur qui se veut décentralisé et interconnecté, la donnée sera au cœur de l’action et les entreprises d’approvisionnement en électricité (EAE) proposeront toujours davantage de services numériques. Le volume de données et d’analyses est naturellement appelé à exploser, avec des normes en matière de cybersécurité et de sécurité des données élevées. Les technologies numériques aideront à gérer cette complexité croissante et les EAE sont en train de s’organiser en fonction. En Suisse romande, ce sont 20 distributeurs d’énergie qui se sont regroupés pour permettre le développement d’un système intelligent de comptage. Avec la société Smart Data Energie SA, fondée en mai 2021, ils visent l’innovation et une gestion performante des données de comptage dans le domaine des multifluides (eau, chaleur, électricité).

Claude Thürler, président du Conseil d’administration, Smart Data Energie.
Claude Thürler, président du Conseil d’administration, Smart Data Energie.

Il y a déjà quelques années, un groupe d’acteurs avait pris conscience du besoin indispensable de mutualisation des compétences. Un projet intitulé Smart Dream avait ainsi vu le jour en 2018, permettant d’entamer le chemin vers le Big Data. Il s’agissait d’un concept composé de trois blocs, à savoir la collecte, le stockage et le traitement des données. Ce projet, regroupant plus d’une vingtaine d’acteurs, a permis de tester les trois aspects cruciaux que sont le système de facturation (souvent assez rigide), le portail clients (propre à chaque entreprise), ainsi que la gestion des données de l’entreprise. A la suite de cette période d’essai, les acteurs impliqués se sont accordés sur les axes de collaboration et de gouvernance, permettant la création de Smart Data Energie SA. Claude Thürler, président du Conseil d’administration, précise que ce projet a eu l’opportunité d’intégrer Microsoft FastTrack. Ce programme sélectif est réservé aux projets considérés comme stratégiques et innovants. En être membre permet de bénéficier du soutien direct des ingénieurs de Microsoft.

Toute la chaîne est gagnante

En favorisant le développement des systèmes de mesure intelligents, ce groupe de GRD fait preuve de sa capacité d’innovation, tout en contribuant à la transition énergétique. La collecte et la gestion de données de masse permettront un pilotage plus précis de la distribution d’électricité, de chaleur et d’eau. Les clients y trouveront un intérêt en termes de fonctionnalités et de coûts. En effet, la possibilité de disposer de données plus précises leur permettra de mieux comprendre leur consommation et optimiser leur comportement pour économiser de l’énergie ou l’utiliser à des moments où les prix sont plus avantageux. Distributeurs et consommateurs soutiendront ainsi les objectifs de la Stratégie énergétique 2050 de la Confédération, tournée vers les économies d’énergie.

«La mutualisation des compétences existantes et l’acquisition commune de nouvelles compétences de pointes va permettre à cette nouvelle plateforme de gérer toute la chaîne de métrologie.»

Du côté des GRD, cette collaboration qui comptabilisera 200 000 compteurs (250 000 avec le multifluide) va clairement permettre des économies d’échelle, engendrant des coûts compétitifs (et diminuant ainsi des risques inutiles de régulation). Ce sera également l’occasion de mettre en place une plateforme technologique avec l’acquisition de nouvelles compétences et de maîtriser cette nouvelle technologie de pointe. Cette société, qui permet une collaboration équilibrée entre acteurs de même taille, va pouvoir profiter d’une indépendance stratégique. La mutualisation des compétences existantes et l’acquisition commune de nouvelles compétences de pointes va permettre à cette nouvelle plateforme de gérer toute la chaîne de métrologie. Du compteur, jusqu’à la donnée prête à être facturée, tout passera par elle. Grand avantage également pour les petits GRD qui la composent: la possibilité, dans le futur, de faire un appel d’offres unique sur toute la chaîne.

Pas du tout fermée, cette plateforme est prête à accueillir des acteurs supplémentaires. Elle est tout à fait capable de gérer encore beaucoup plus de points de mesure. D’après Claude Thürler, il serait même envisageable d’en gérer plus d’un million.

Libéralisation contre innovation

L’idée du Conseil fédéral est de favoriser l’innovation et la création de communautés d’autoconsommation. «Nous soutenons les deux objectifs, mais nous ne considérons pas la libéralisation du système de mesure nécessaire pour les atteindre. Au contraire, elle serait notamment contreproductive en termes de processus et de coûts», précise Claude Thürler.

«Les fournisseurs tiers pourraient proposer leurs services uniquement dans les zones densément peuplées à forte rentabilité, alors que les GRD devraient assurer l’approvisionnement des zones rurales et peu rentables. »

En autorisant des tiers à installer des appareils de mesure en assumant les mêmes fonctions que celles du GRD, mais sans que les fournisseurs soient soumis aux mêmes exigences légales que les GRD, les fournisseurs tiers pourraient proposer leurs services uniquement dans les zones densément peuplées à forte rentabilité, alors que les GRD devraient assurer l’approvisionnement des zones rurales et peu rentables. De plus, la nécessité de définir de nouveaux processus pour le contrôle et la transmission des données aux GRD – qui devraient continuer à assurer la facturation – entraînerait une charge supplémentaire considérable qui serait disproportionnée au regard du volume de marché potentiel. Tous ces éléments engendreraient une augmentation des coûts pour les GRD qui se traduirait à son tour par une hausse des tarifs du réseau pour les consommateurs finaux.