Indice suisse d’approvisionnement en électricité de l’AES 2026: la Suisse n’atteint pas ses objectifs légaux d’approvisionnement

12.01.2026
L’Association des entreprises électriques suisses (AES) publie pour la première fois son indice suisse d’approvisionnement en électricité. Les résultats sont préoccupants: la Suisse n’atteint que 69 points en 2050. Calculé chaque année, cet indice sert de système d’alerte précoce pour la sécurité d’approvisionnement. Il indique le niveau d’approvisionnement prévu pour les années à venir et met l’accent sur la période hivernale; période durant laquelle la Suisse rencontre les plus grands défis. Sur la base de ces résultats, l’AES appelle à la mise en place de mesures immédiates pour combler le déficit d’approvisionnement imminent.

L’approvisionnement étant particulièrement critique en hiver, il est nécessaire d’augmenter la production hivernale à partir d’énergies renouvelables, de développer les réseaux et de conclure un accord sur l’électricité avec l'UE. L’indice montre clairement l’urgence de la situation: 82 points sont prévus pour 2035, puis seulement 69 points pour 2050. Le déficit d’approvisionnement en 2050 pourrait être comblé par une réduction de la consommation d’électricité aux heures de pointe, un recours accru aux énergies renouvelables, l’exploitation à long terme des centrales nucléaires existantes, la flexibilité telle que le stockage, une production d’électricité supplémentaire, par exemple à partir de centrales au gaz, et l’extension des réseaux. Sans accord, les importations et les exportations d’électricité sont en outre limitées au-delà des frontières. L’objectif sera donc clairement manqué et la sécurité d’approvisionnement de la Suisse restera critique. «L’indice d’approvisionnement en électricité de l’AES montre clairement que la Suisse est confrontée à des défis majeurs. Nous devons agir maintenant pour garantir la sécurité d’approvisionnement de demain», déclare Martin Schwab, président de l’AES.

Indice suisse d’approvisionnement en électricité de l’AES 2026: valeurs prévisionnelles

  • 2035: 82 points
  • 2050: 69 points

Pourquoi ce déficit d’approvisionnement?

L’augmentation continue de la demande en électricité et la sortie du nucléaire entraîneront une détérioration significative de l’indice à partir de 2040. Un accord sur l’électricité avec l’UE améliorerait certes la situation, mais ne permettrait pas d'atteindre l’objectif de 100 points. Les principales causes de l’indice bas sont la production insuffisante d’énergies renouvelables en hiver, le développement lent du réseau électrique, les possibilités d’importation limitées et l’absence de solutions acceptées par la société pour couvrir les besoins supplémentaires en électricité pendant l’hiver. En outre, une certaine indépendance vis-à-vis des pays voisins est judicieuse; les importations d’électricité ne doivent et ne peuvent pas être augmentées à volonté. En cas de pénurie, les importations sont rarement possibles. «La Suisse se trouve à un tournant décisif: sans décisions énergétiques résolues, sans investissements concrets dans de nouvelles capacités de production et sans accélération significative des procédures d’autorisation, nous risquons de compromettre notre sécurité d’approvisionnement», prévient Martin Schwab.

Les 5 indicateurs

L’indice d’approvisionnement en électricité de l’AES se compose de cinq indicateurs; aucun n’est en voie d’atteindre son objectif.

Tabelle MM Stromversorgungsindex FR 2026

Les 5 indicateurs en détail

  1. Demande en électricité (86 Points en 2050)

État réel: actuellement, la valeur de la demande en électricité par personne est encore conforme à l’objectif fixé. Cependant, la consommation augmente plus fortement que prévu par la Confédération, notamment en raison de l’électromobilité et des nouvelles applications telles que les centres de données.

État souhaité: l’efficacité doit être systématiquement améliorée. Une gestion intelligente de la charge et des systèmes de contrôle numériques sont nécessaires pour lisser les pics. En outre, il est nécessaire d’accélérer le développement de la production d’électricité indigène.

  1. Énergies renouvelables (83 points)

État réel: la production hivernale reste en deçà des objectifs. Le développement des énergies éolienne, hydroélectrique et PV alpine stagnent et les installations PV sur les toits ne peuvent apporter qu’une contribution limitée en hiver. Les objectifs de la loi pour l’électricité sont loin d’être atteints.

État souhaité: une meilleure acceptation et des procédures plus rapides pour les grands projets. Le PV doit être systématiquement orienté vers la production hivernale. Le développement de l’énergie hydroélectrique et éolienne est crucial, car sans une augmentation significative, les objectifs de production d’électricité en hiver ne pourront être atteints. Dans le domaine de l’énergie hydroélectrique, outre les grandes centrales à accumulation, il est également nécessaire de développer des installations de petite et moyenne taille. Même si tous les projets annoncés sont réalisés, les objectifs resteront inatteignables.

  1. Flexibilité (52 points)

État réel: les projets de stockage saisonnier avancent lentement. L'objectif fédéral de 2 TWh d'ici 2040 semble difficile à atteindre, avec seulement 1 TWh de réaliste pour l'instant.

État souhaité: il faut trouver des solutions pour de nouvelles centrales hydroélectriques. À défaut, des centrales thermiques contrôlables sont nécessaires.

  1. Production d’électricité supplémentaire (63 points)

État réel: en 2050, l’indice «Production d’électricité supplémentaire» n’atteint que 63 points. Il en résulte un besoin important de production d’électricité indigène supplémentaire à partir de 2040, par exemple grâce à davantage d’énergie éolienne, à l’utilisation de centrales à gaz ou à l’exploitation à long terme des centrales nucléaires existantes. Des importations supplémentaires seraient certes possibles grâce à un accord sur l’électricité, mais elles dépasseraient la valeur indicative pour les importations et donc l’objectif d’une plus grande indépendance. Elles supposeraient en outre que les pays voisins disposent de capacités d’exportation suffisantes. Des centrales de réserve sont prévues pour les situations d’urgence absolue. À partir de 2045, il faut s’attendre à un besoin supplémentaire d’environ 50 % de production en hiver, principalement en raison de la fermeture prévue des deux dernières centrales nucléaires suisses.

État souhaité: afin de garantir la sécurité d’approvisionnement à l’avenir, un ensemble de mesures coordonnées est nécessaire. Cela inclut des efforts accrus de la part de la Confédération et de la branche afin d’accroître l’acceptation de l’énergie éolienne. Parallèlement, d’autres options pour une production d’électricité indigène supplémentaire doivent être examinées, telles que de nouvelles centrales à gaz à cycle combiné ou une éventuelle exploitation à long terme des centrales nucléaires existantes. En outre, un accord sur l’électricité avec l’UE, avec une organisation nationale aussi simple que possible, doit être mis en œuvre rapidement.

  1. Réseau (57 points)

État réel: l’extension du réseau est trop lente; environ la moitié des projets sont retardés. De plus, les capacités transfrontalières sans accord sur l’électricité ne sont pas garanties.

État souhaité: adopter rapidement un accord sur l’électricité et accélérer la transformation du réseau. Le «Réseau express» doit être approuvé par le Parlement afin de simplifier les procédures.

L’AES appelle à prendre des mesures

Afin de garantir la sécurité d’approvisionnement à long terme, des décisions cruciales doivent être prises rapidement. Il est essentiel de mettre en œuvre les mesures suivantes afin d’améliorer progressivement l’indice d’approvisionnement en électricité pour atteindre l’objectif de 100 points. Il ne s’agit pas seulement de décisions techniques, mais aussi de décisions sociétales et politiques.

La conclusion d’un accord sur l’électricité avec l'UE garantirait l’utilisation des capacités transfrontalières et un développement plus rapide du réseau permettrait l'ajout de nouvelles capacités de production. Il faudrait également examiner et développer des stockages saisonniers ainsi que des projets hydroélectriques alternatifs. Cependant, même si le développement ciblé de l’énergie éolienne et l’exploitation à long terme des centrales nucléaires existantes contribuent à éviter les pénuries à court terme, ils ne constituent pas pour autant une solution durable. D’autres mesures seront nécessaires au-delà de 2050 — un simple report mettrait en péril la sécurité d’approvisionnement.

L’objectif pour 2050 est clair: des gains d’efficacité ont été réalisés, la production d’électricité en hiver est assurée grâce à un développement ciblé de l’hydroélectrique, de l’éolien et du PV alpin, des capacités de production supplémentaires — c’est-à-dire des installations flexibles et adaptées aux besoins pour garantir l’approvisionnement en période de faible production d’énergie renouvelable — sont disponibles, les capacités de stockage et la flexibilité ont été développées et le réseau électrique a été modernisé et est désormais performant au niveau transfrontalier.

«Les résultats sont un rappel à l’ordre: si nous n’agissons pas rapidement, la Suisse risque de connaître une pénurie d’approvisionnement, surtout en hiver», prévient Michael Frank, directeur de l’AES. Le président de l’AES, Martin Schwab ajoute: «La Suisse se trouve à un tournant décisif: la politique, l’économie et la société doivent maintenant agir ensemble pour garantir la sécurité d’approvisionnement.»

Accéder aux résultats

Méthodologie

  • En 2025, dans son étude «Avenir énergétique 2050» (AE 2050), l’AES a présenté l’objectif visé en matière d’approvisionnement en électricité pour l’année 2050. Ce dernier se base sur la stratégie énergétique et climatique adoptée par la population ainsi que sur la loi pour l’électricité.
  • L’indice suisse d’approvisionnement en électricité de l’AES mesure dans quelle mesure cet objectif est atteint, c’est-à-dire le niveau d’approvisionnement futur à l’aide d’indicateurs pertinents. Jusqu’en 2050, l’accent est mis sur la période hivernale, car l’approvisionnement en électricité est et restera particulièrement critique en hiver.
  • Pour calculer l’indice, l’AES tient compte des développements actuels tels que le développement du PV sur les toits, les grands projets prévus, l’extension du réseau et l’électromobilité. Tous les grands projets actuellement prévus et devant être mis en œuvre d’ici 2050 sont pris en compte, mais leur réalisation effective reste incertaine.
  • L’indice est une méthode simple et intuitive pour présenter la situation future en matière d’approvisionnement.
  • Il s’agit ici de sa première version. La méthodologie sera développée au cours des prochaines années. L’objectif est de lancer le débat sur l’approvisionnement futur.

Indice et indicateurs

L’indice suisse d’approvisionnement en électricité de l’AES indique le niveau d’approvisionnement en électricité pour les années 2035 et 2050, et repose sur cinq indicateurs:

  1. la demande en électricité;
  2. les énergies renouvelables;
  3. la flexibilité;
  4. la production d’électricité supplémentaire (réserve incl.);
  5. le réseau.
Porte-parole Suisse romande

Noémie Perrier

Tel. +41 21 310 30 23, noemie.perrier@electricite.ch

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