La crise, nouvelle normalité?

Disposer d’un approvisionnement énergétique sûr représente une question de sécurité nationale et publique. Nos voisins l’ont bien reconnu. Et la Suisse? ... euh, comment dire...
16.08.2022

Ce qui, pendant des décennies, n’était rien de plus qu’un jeu d’esprit s’est transformé en un scénario aussi menaçant que plausible: l’Europe se trouve au seuil d’une grave crise énergétique. 

Disposer d’un approvisionnement énergétique sûr représente désormais une question de sécurité nationale et publique; à défaut, l’économie serait paralysée et la société ébranlée jusque dans ses fondements. Nos voisins l’ont bien reconnu. Les gouvernements allemand et autrichien sont déterminés à mettre le turbo à la transition énergétique. Les sensibilités personnelles et d’autres intérêts, même ceux qui touchent l’environnement, doivent laisser la priorité à cet intérêt prépondérant. 

Et la Suisse? Ici, le temps semble s’être arrêté. Alors qu’après Fukushima, une nouvelle stratégie énergétique était sortie du chapeau en un tour de main, aujourd’hui, l’adaptation à la nouvelle réalité se fait attendre. Au lieu de cela, on discute paisiblement de l’extension des surfaces protégées – soit de l’augmentation, encore une fois, des obstacles aux énergies renouvelables. On croit rêver. Pourtant, grâce aux énergies renouvelables, on fait d’une pierre trois coups: un niveau d’auto-approvisionnement plus élevé et, partant, moins de risques d’approvisionnement liés à la dépendance aux importations; la création d’emplois en Suisse et d’opportunités pour la place économique et de recherche suisse; enfin, une contribution essentielle à la protection du climat, qui est, faut-il le rappeler, la base de la protection de la biodiversité.

«En Suisse, nous avons plus qu’assez d’énergie renouvelable. Seulement, le temps nous file entre les doigts pour exploiter ces sources.»

Il est possible de concilier l’énergie et la nature. Trouver le juste milieu entre protection et utilisation, c’est faisable, comme l’attestent de multiples exemples. Dans de nombreux cas, c’est d’ailleurs précisément l’utilisation à des fins énergétiques qui a engendré des objets dignes de protection. En Suisse, nous avons plus qu’assez d’énergie renouvelable, et les technologies sont disponibles. Seulement, le temps nous file entre les doigts pour les exploiter effectivement. Nous ne pouvons plus nous payer le luxe de supporter encore des années durant des blocages et des litiges sur des questions de détail.

La crise du coronavirus nous a enseigné que l’impensable pouvait devenir réalité. Or, par rapport aux dommages potentiels d’une crise énergétique, le Covid n’était peut-être qu’un amuse-bouche. Fort heureusement, la mise à disposition d’un approvisionnement énergétique indigène suffisant est entre nos mains. Veillons donc à ce que le mode crise ne devienne pas la nouvelle normalité.


La plume politique

À la rubrique «La plume politique» du magazine de la branche Bulletin, Dominique Martin, Responsable Affaires publiques à l’AES, publie régulièrement ses commentaires et ses appréciations sur des thèmes de politique énergétique.