Les défis liés à l’avenir énergétique de la Suisse sont complexes et étroitement liés: la sécurité d’approvisionnement, des prix abordables, la décarbonation, la mise en œuvre de la nouvelle loi pour l’électricité et la coopération avec l’UE ne peuvent être traités isolément. «Il faut maintenant mettre en œuvre de manière cohérente la production d’électricité à partir d’énergies renouvelables prévue par la loi, en mettant l’accent sur la production hivernale et, en particulier, sur l’utilisation exclusive des rares subventions pour la production d’électricité en hiver», déclare Martin Schwab, président de l’AES et CEO de CKW. «Une expansion accélérée des réseaux électriques, associée à une intégration optimale en Europe et à l’extension des capacités de stockage, permettra un approvisionnement en électricité abordable, durable et sûr. Pour pallier les pénuries prévisibles en hiver, il faut se préparer à une exploitation à long terme des centrales nucléaires et à la construction de centrales à gaz supplémentaires.»
L’indice suisse d’approvisionnement en électricité de l’AES 2026 révèle un déficit inquiétant pour 2050
Publié pour la première fois le 12 janvier 2026 par l’AES et présenté lors du congrès par Nadine Brauchli, responsable du département Énergie à l’AES, l’indice suisse d’approvisionnement en électricité montre que la Suisse est loin d’atteindre ses objectifs en matière d’approvisionnement et qu’il existe un écart important entre les ambitions et la mise en œuvre. L’approvisionnement en électricité est particulièrement critique pendant la saison hivernale. Il est urgent de renforcer la production hivernale d’énergie renouvelable, d’accélérer l’extension du réseau et de conclure un accord sur l’électricité avec l’UE.
Une vision européenne pour un système en mutation
Dans son discours d’ouverture, Bernard Fontana, PDG du groupe EDF, a mis en lumière les défis stratégiques et les opportunités pour le secteur de l’énergie dans le contexte de l’électrification croissante. Il a souligné le rôle central des partenariats transfrontaliers et de la mise en réseau européenne pour garantir la stabilité et la sécurité d’approvisionnement dans un système en mutation.
Ces questions étaient aussi au cœur du débat controversé sur l’accord sur l’électricité, auquel ont participé Christoph Brand (CEO d’Axpo), les conseiller·ères nationaux·ales Susanne Vincenz-Stauffacher (PLR/SG), Christian Imark (UDC/SO) et Benoît Gaillard (PS/VD), ainsi que Jean-Philippe Kohl, vice-directeur de Swissmem. Malgré des divergences d’opinions sur l’accord sur l’électricité, l’ouverture du marché, la nécessité d’une autonomie ou d’une intégration, tous se sont accordés sur un point: afin de renforcer durablement la sécurité d’approvisionnement, des mesures concrètes et rapidement applicables sont nécessaires de toute urgence, notamment l’accélération des procédures, l’amélioration des conditions d’investissement, le développement des énergies renouvelables et la garantie de capacités supplémentaires, en particulier pour la saison hivernale.
Werner Luginbühl, président de l’ElCom, a rappelé que l’accord sur l’électricité contribue de manière importante à la sécurité d’approvisionnement. Il a également souligné que la transition énergétique nécessite des instruments et des mécanismes différents et adaptés: «L’approvisionnement de base n’est pas conçu pour financer le développement des énergies renouvelables.»
Le réseau: pilier de la transition énergétique
Lors de la table ronde sur les réseaux, Sylvia Marra (OIKEN), Patrick Bertschy (Romande Energie), Maurice Dierick (RTE) et Nell Reimann (Swissgrid) ont discuté des défis croissants auxquels est confrontée l’infrastructure électrique. La volatilité des énergies renouvelables, les nouveaux gros consommateurs tels que les centres de données, l’incertitude des prévisions de demande, la longueur des procédures d’autorisation et le manque de main-d’œuvre qualifiée compliquent la planification et les investissements. Il est donc d’autant plus important d’accélérer le développement du réseau, d’accroître la flexibilité et de renforcer la coopération régionale, nationale et transfrontalière afin de garantir la stabilité du système
«L’approvisionnement de base n’est pas conçu pour financer le développement des énergies renouvelables.»
Plus de flexibilité, moins de réglementation
Toutes les discussions ont clairement montré que le cadre réglementaire exerce une pression croissante sur les acteurs de la branche. Lors de la table ronde sur la loi pour l’électricité, Patricia Pastoriza (Multidis) et Michael Grober, CEO d’Energie Thun, ont souligné que la mise en œuvre des nouvelles exigences nécessite des ressources considérables et entraîne des coûts difficilement prévisibles, qui sont finalement supportés par les consommateur·trices. Robert Itschner, CEO de BKW, a également souligné la complexité croissante de la branche: «Le secteur étouffe sous les réglementations. Nous avons besoin de plus de liberté pour innover.» Dans ce contexte, les intervenant·es ont notamment mis en avant la flexibilité comme levier central pour stabiliser un système énergétique de plus en plus volatil. «Les signaux de prix à tous les niveaux doivent parvenir à la clientèle. C’est la seule façon d’exploiter la flexibilité du système», explique Robert Itschner.
Des opinions controversées ont été exprimées lors de la table ronde sur l’énergie solaire. Noah Heynen, CEO et cofondateur de Helion, a appelé à reconnaître l’énorme succès de l’énergie solaire plutôt que de la critiquer, et Martin Schwab a également souligné l’importance des signaux de prix et la nécessité de les faire parvenir à la clientèle. «La Suisse se trouve à un tournant en matière de politique énergétique. Les mesures nécessaires sont à portée de main. Il faut désormais investir de manière ciblée dans de nouvelles capacités de production axées sur l’hiver et accélérer considérablement les procédures d’autorisation afin de garantir la sécurité d’approvisionnement à long terme», déclare Martin Schwab, président de l’AES. «En bref: il est temps de combler le fossé — mind the gap».
«Le secteur étouffe sous les réglementations. Nous avons besoin de plus de liberté pour innover.»
À l’issue du Congrès suisse de l’électricité 2026, le directeur de l’OFEN, Benoît Revaz, a souligné les lignes directrices centrales de la politique énergétique de la Confédération. Il a remercié l’AES d’avoir lancé le nouvel indice, qui montre clairement qu’il reste encore beaucoup à faire dans le domaine de l’approvisionnement énergétique. Il a également rappelé que «l’ère de l’électrification» avait commencé. Benoît Revaz a souligné que toutes les Suissesses et les Suisses étaient confronté·es aux mêmes défis et a cité le conseiller fédéral Jean-Pascal Delamuraz qui se plaisait à dire que les Suisses se lèvent tôt, mais qu’ils se réveillent tard.
À partir de la semaine prochaine, vous trouverez des photos de l’événement sur:
Noémie Perrier
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