Attendre Godot?

La plume politique 3/2019
01.03.2019
Plume politique 3/2019

La transition énergétique en Allemagne progresse à grands pas: l’année dernière, les énergies renouvelables ont représenté plus du tiers de la production d’électricité, dépassant même la part des centrales à charbon. De plus, on dispose désormais d’une feuille de route concrète de la sortie du charbon. Le besoin en énergie flexible pouvant être utilisée en complément à l’énergie solaire et éolienne fluctuante continuera donc de croître.

Après une traversée du désert, se dirige-t-on donc vers un âge d’or de l’hydraulique suisse, flexible et stockable? Paradoxalement, l’hydraulique doit se contenter d’une position de spectatrice de ces opportunités de marché. Elle ne peut mettre dans la balance ni sa flexibilité, ni sa plus-value écologique. Le réseau électrique suisse est lui aussi mis à l’épreuve par la consolidation du marché électrique européen. La Suisse en étant de plus en plus exclue, des problèmes grandissants affectent le réseau, dont Swissgrid ne peut maintenir la stabilité qu’au prix d’interventions toujours plus fréquentes et coûteuses – et ce en ayant recours à la précieuse hydraulique, qui fait ensuite défaut dans les situations critiques.

« Si cet accord était rejeté, non seulement les défis pour le secteur électrique décrits ci-dessus resteraient en suspens, mais l’ensemble de l’économie suisse se verrait exposé à d’importantes insécurités juridiques et à des mesures de rétorsion. »

Ainsi, l’hydraulique est utilisée de façon inefficace et rate de précieuses opportunités sur le marché. En outre, la Suisse doit supporter des coûts supplémentaires, tandis que les gains d’efficacité engendrés par le couplage des marchés sont encaissés dans l’UE. Cette situation porte préjudice à l’ensemble de la place économique suisse et ne saurait durer. Un accord sur l’électricité permettrait ici de lutter à armes égales.

Un accord sur l’électricité présuppose toutefois la conclusion de l’accord institutionnel entre la Suisse et l’UE. Si cet accord était rejeté, non seulement les défis pour le secteur électrique décrits ci-dessus resteraient en suspens, mais l’ensemble de l’économie suisse se verrait exposé à d’importantes insécurités juridiques et à des mesures de rétorsion. Spéculer sur le fait qu’il pourrait y avoir, à l’avenir, une «meilleure» alternative pour la Suisse paraît pour le moins hasardeux, surtout compte tenu des longues années de négociations passées.

L’accès au marché intérieur européen et la création de sécurité juridique sont décisives pour la place économique suisse. Il existe donc de bonnes raisons de considérer positivement l’accord-cadre. Ou vaut-il mieux attendre Godot?

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La plume politique

À la rubrique «La plume politique» du magazine de la branche Bulletin, Dominique Martin, Responsable Affaires publiques à l’AES, publie régulièrement ses commentaires et ses appréciations sur des thèmes de politique énergétique.