Vive le «chèque climatique» pour tous!

De bonnes idées, voire des changements incontournables, peuvent nécessiter plusieurs tentatives dans notre démocratie suisse. Cela concerne aussi la politique climatique. Saisissons donc l’opportunité de prendre un nouveau départ.
16.09.2021

En Suisse, certaines choses vont plus lentement. Si la démocratie directe donne à notre pays de la stabilité, elle nous fait parfois aussi prendre du retard. De bonnes idées, voire des changements incontournables, peuvent nécessiter plusieurs tentatives – citons le droit de vote des femmes, le congé maternité ou encore l’imposition des entreprises.

Dans la politique climatique également, il s’agit de remettre l’ouvrage sur le métier: la loi sur le CO2, qui semblait pourtant équilibrée, a fait naufrage. On ne saurait toutefois en rester là, car face au changement climatique, ne rien faire n’est pas une option. Saisissons donc cette opportunité de prendre un nouveau départ.

Les idées sur ce qui pourrait – ou non – remporter une majorité ne manquent pas. Au lieu de «punir», il faudrait désormais plutôt «récompenser» – tel est le mantra qui prévaut actuellement. Devrait-on donc sans hésiter miser sur des subventions à tout va?

«On devrait rendre la redistribution de la taxe sur le CO₂ perceptible et visible.»

Voilà qui serait sans aucun doute précipité. En effet, du point de vue de l’efficacité économique, le meilleur instrument, et de loin, ce sont les mesures incitatives. À côté de la taxe sur le CO2, il existe ainsi depuis longtemps une taxe d’incitation sur les composés organiques volatils (COV), qui pose avec succès une incitation financière et qui est redistribuée par l'intermédiaire des assurances-maladie. N’oublions pas non plus qu’en tant que partie intégrante de la loi sur le CO2, la taxe sur le CO2 a été soutenue par pratiquement la moitié des citoyennes et citoyens en juin dernier. Ne jetons donc pas le bébé avec l’eau du bain.

Certaines améliorations à apporter sautent aux yeux: on devrait rendre la redistribution perceptible et visible. Perceptible en redistribuant le produit complet de la taxe au lieu d’en dévier une partie dans un fonds pour le climat. Et visible en remplaçant l’actuelle déduction de la prime d’assurance-maladie, qui passe largement inaperçue (et se révèle insignifiante par rapport au montant de la facture), par un chèque établi en faveur de chaque citoyenne et de chaque citoyen. Avec un tel bon cadeau, impossible de confondre la taxe avec un obscur impôt – sans compter que son effet se ressentira bien davantage dans les porte-monnaie modestes.

On aurait tort de faire passer trop vite à la trappe un instrument aussi efficace par simple peur du peuple. Pour une Suisse respectueuse du climat: donnons à toutes et à tous un «chèque climatique»!

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La plume politique

À la rubrique «La plume politique» du magazine de la branche Bulletin, Dominique Martin, Responsable Affaires publiques à l’AES, publie régulièrement ses commentaires et ses appréciations sur des thèmes de politique énergétique.