En entendant les déclarations des autres participantes et participants, que retenez-vous de cette discussion?
Michael Frank: Notre entretien montre où nous en sommes dans le débat politique: d’une part, nous sommes tous d’accord sur le fait qu’il faut sortir rapidement des énergies fossiles. La décarbonation passe uniquement par l’électrification au moyen d’énergies renouvelables. En revanche, nos avis divergent sur la question du «comment». L’implantation des installations de production d’énergies renouvelables est généralement imposée par leur destination, et ces installations nécessitent de la place. Bien sûr, on peut réaliser une partie de la production supplémentaire sur des constructions existantes – mais cela ne suffira pas. Notre problème prioritaire, c’est encore et toujours le courant hivernal – qu’on ne peut pas aller chercher exclusivement sur les toitures. Aujourd’hui, il n’est parfois même pas possible d’étendre les installations de production existantes, car tout fait l’objet de blocages. Et ne parlons même pas de nouvelles installations. En Allemagne, lors des négociations de coalition, une durée de procédure pour les projets éoliens de six à sept ans a été considérée comme inacceptable. En Suisse, on peut à peine en rêver: pour la dernière centrale éolienne, il a fallu 18 ans. Pour l’hydraulique, les propositions du Conseil fédéral prévoient 10% de constructions supplémentaires. Mais, si l’on met en œuvre les prescriptions environnementales valables aujourd’hui, on se retrouvera avec un déficit de 5%. Conséquence: si nous continuons ainsi, il sera de plus en plus urgent d’avoir recours aux centrales à gaz pour garantir la sécurité d’approvisionnement.
Ursula Schneider Schüttel: Pour ma part, il est incontestable que, pour sortir du nucléaire et renoncer aux énergies fossiles, nous sommes dépendants des énergies renouvelables. Une mise en œuvre rapide de la stratégie énergétique est nécessaire. Mais parallèlement, il y a aussi une stratégie pour la biodiversité. Le développement des énergies renouvelables, même s’il a lieu au profit du climat, ne doit pas se faire au détriment de la biodiversité: il doit, à l’inverse, être en harmonie avec la réservation de la nature et du paysage. Les conséquences écologiques d’une installation de production d’énergie doivent être clarifiées de manière aussi complète et aussi précoce que possible. Cela évite les procédures de longue haleine. Une accélération des procédures est en discussion dans les milieux politiques. Il faut, en plus, suffisamment de ressources en personnel afin que les procédures puissent être menées rapidement dans les administrations. Les différents intérêts doivent être pesés avec soin. Là où une solution technique n’est pas possible, il faut prendre des mesures de compensation, à mettre en œuvre avec en même temps que l’atteinte à l’environnement. Les deux initiatives ne visent pas à empêcher la construction d’installations pour l’énergie renouvelable. Si elles sont acceptées, elles auront pour conséquence que les installations seront planifiées et réalisées avec prévenance et avec la protection la plus élevée possible des zones précieuses au niveau écologique et du paysage.
Frank Krysiak: Deux aspects de la discussion me semblent particulièrement intéressants. Premièrement, le conflit entre protection du climat/transition énergétique et protection du climat/biodiversité. Ces deux éléments sont souhaitables. Mais si l’on vise les deux en même temps et complètement, le coût de la transition énergétique augmentera, ce qui signifie que moins d’argent sera disponible pour d’autres objectifs sociétaux. Cela n’est pas possible de manière illimitée. La protection du climat et de la nature ne constitue pas les seuls défis que nous devons affronter. C’est pourquoi il faut définir ici des priorités: de mon point de vue, c’est la protection du climat qui doit passer en premier.
Deuxièmement, nous devrions désamorcer le débat sur la «dépendance aux importations». Dans de nombreux secteurs, nous sommes dépendants des importations de manière critique, non seulement pour le pétrole et le gaz, mais aussi, par exemple, pour les denrées alimentaires. Du fait que l’électricité ne peut pas être stockée, elle est bien sûr plus problématique. Mais cela devrait surtout représenter une raison de bien collaborer avec nos voisins. Une transition énergétique sans collaboration avec les pays voisins est possible, mais beaucoup plus chère que nécessaire, et avec davantage de conséquences pour la protection de la nature et la biodiversité en Suisse. Une collaboration intensive, qui est de toute façon nécessaire sur la protection du climat, me semble être la meilleure voie.