L’intérêt général de la société nécessitera encore des atteintes à l’environnement à l’avenir
Or, la volonté de l’Initiative biodiversité et du contre-projet d’étendre les surfaces des zones à protéger et des zones à ménager est en conflit avec les objectifs de la stratégie énergétique et climatique et avec un approvisionnement sûr en électricité.
Un approvisionnement basé sur des énergies renouvelables nécessite, d’une part, des installations de production, des possibilités de stockage et l’infrastructure de réseau nécessaire pour raccorder ces installations et les sites de consommation, et, d’autre part, les sites appropriés. Il n’est pas possible de choisir librement ces sites: ils dépendent de l’offre locale en énergie, à savoir le cours des rivières, les conditions de vent, la production de biomasse, le rayonnement solaire. De plus, il existe une obligation légale de raccorder au réseau, via l’infrastructure nécessaire, toutes les installations de production et tous les sites de consommation.Le développement des énergies renouvelables pour décarboniser l’approvisionnement en énergie va donc mener à une augmentation du besoin en surfaces de l’infrastructure énergétique dans les zones bâties comme en dehors. Même basé exclusivement sur les énergies renouvelables, l’approvisionnement en énergie est donc inconcevable sans atteintes à l’environnement.
Pour atteindre l’objectif de la neutralité climatique à partir de 2050, les Perspectives énergétiques 2050+ de la Confédération estiment que la production issue des énergies renouvelables que sont le photovoltaïque, l’éolien, la biomasse et la géothermie doit être multipliée par dix d’ici à 2050. La majeure partie de ce développement reviendra au photovoltaïque. Néanmoins, c’est justement en hiver que toutes les énergies renouvelables seront nécessaires, y compris l’éolien, la biomasse, le photovoltaïque alpin et l’hydraulique. C’est le seul moyen de garantir la sécurité d’approvisionnement grâce à une part appropriée de production indigène. L’hydraulique restera la colonne vertébrale de l’approvisionnement énergétique renouvelable en Suisse, apportant notamment des prestations de stockage et de flexibilité irremplaçables. Les Perspectives énergétiques 2050+ supposent donc également pour l’hydraulique une production supplémentaire d’environ 10% en 2050. Or le simple maintien de la production existante devient un défi, car il faudra compenser des pertes de production considérables, engendrées par l’augmentation des débits résiduels dans les installations existantes.
Il faut une pesée globale des intérêts
Actuellement, le débat politique est marqué par des altercations entre différents acteurs: ceux qui visent la protection de l’environnement naturel et ceux qui visent l’utilisation économique des ressources naturelles disponibles. Au vu de la tension croissante entre intérêts de protection et intérêts d’utilisation, ce désaccord va probablement encore s’accentuer tant qu’il ne sera pas réglé au niveau politique dans le cadre d’une pesée globale des intérêts.
Aujourd’hui, la pesée des intérêts n’est réalisée que sur le projet concret et au cas par cas. Dans de nombreux cas, les initiants du projet, les autorités locales et les organisations locales ne peuvent trouver des solutions praticables qu’au prix de longues négociations et procédures. La résolution de conflits d’intérêts fondamentaux est implicitement déléguée aux tribunaux. Cela ne peut pas être dans l’intérêt d’une mise en œuvre rapide de la stratégie énergétique et climatique de la Confédération et nécessite d’être clarifié politiquement sur le principe.
Il faut tenir compte de manière équilibrée, dans une pesée des intérêts politique préalable, des intérêts prépondérants quant à la protection des ressources naturelles et à la protection du climat en même temps que d’autres tâches qui présentent également un intérêt national. Il faut apporter plus de clarté à cette pesée des intérêts grâce à une stratégie commune au niveau de la Confédération et la concrétiser au moyen de prescriptions contraignantes. Ainsi, il est possible de créer de la sécurité juridique et de planification pour toutes les parties impliquées.
Dans ce contexte, les intérêts de politique climatique et énergétique ainsi que d’un approvisionnement en énergie sûr doivent toujours être considérés comme au moins équivalents à l’intérêt de protection de la biodiversité et être inclus dans la pesée des intérêts. Afin de pouvoir réaliser un approvisionnement énergétique renouvelable, les atteintes à l’environnement doivent rester possibles. C’est le seul moyen pour que l’approvisionnement énergétique puisse contribuer de manière décisive à la protection du climat et à la préservation des ressources naturelles et, partant, à la biodiversité.