Cette fois, c’est passé. L’objectif zéro émission nette a su convaincre la population. Le fait d’avoir laissé de côté le délicat sujet de la taxe incitative y a probablement contribué – alors même qu’un système incitatif doté d’un remboursement bien visible de la redevance serait en réalité, du point de vue économique, le mécanisme parfait pour réduire les émissions de CO2.
Tout est bien qui finit bien? Que nenni! Car la mise en œuvre de cet objectif n’en est qu’à ses débuts. Il y a près de 3 ans, nous avions souligné ici que nous devrions pouvoir compter, pour décarboner, sur chaque kilowattheure de courant renouvelable. Et que, pour ce faire, une réaction forte s’imposait au sein du Conseil fédéral et du Parlement. Depuis, notre étude Avenir énergétique 2050 a étayé le fait que l’objectif zéro émission nette ne serait réalisable qu’avec une acceptation beaucoup plus forte de la population envers de grandes installations d’énergies renouvelables, ainsi qu’avec une intégration optimale dans l’Europe au niveau de la politique énergétique.
Où en sommes-nous aujourd’hui? La réaction forte en termes de politique énergétique s’est tout à fait produite dans la sphère politique. De nombreuses mesures ont déjà été décidées, et la finalisation du «Mantelerlass» en annonce d’autres. En revanche, cette réaction forte ne semble pas encore avoir fait son chemin dans la population, malgré la menace de pénurie d’électricité. En tout cas, les résultats modestes de la campagne d’économies d’électricité et les conclusions tirées de notre sondage sur la sécurité d’approvisionnement publié récemment ne reflètent aucun sentiment d’urgence qui serait perçu par la population. Concrètement aussi, sur le terrain, trop de projets sont encore et toujours bloqués. Au niveau de la politique européenne, la situation n’évolue guère de manière plus favorable. On continue de jouer la montre, et l’alliance de la gauche jusqu’au centre-droit, traditionnellement nécessaire pour faire passer des objets de politique européenne, n’est pas encore en vue.