De l’intérêt d’installer une centrale sur son toit
Le prix de revient du kWh avec l’autoconsommation a permis de proposer aux clients une énergie au même prix, voire moins chère, que celle provenant du réseau (y compris, pour les « clients moyenne tension »). Cela a permis de convaincre les propriétaires privés parmi les 20 bâtiments identifiés dans l’étude préalable, pour qu’ils construisent des centrales PV. Avec l’expérience acquise et les nouvelles bases légales, il était dès lors possible de lancer des projets selon le modèle de prêt citoyen. Pour les SID, cela représentait des masses d’énergies automatiquement commercialisées par l’autoconsommation de l’entreprise en question.
Willemin-Macodel SA est l’un des 20 projets retenus parmi des bâtiments industriels, administratifs, publics, etc. Il s’agit même de la plus grande centrale PV (750 kW) construite à Delémont, qui permet d’alimenter environ 200 ménages. Olivier Haegeli, co-directeur général, explique que ce projet s’est fait dans le cadre de l’agrandissement de l’entreprise. Cette dernière produit des machines qui – pour répondre à ce qu’on attend d’elles – sont de grosses consommatrices d’énergie. La décision de se lancer dans l’aventure s’est donc faite naturellement quand les solutions techniques l’ont permis. Il s’agit d’un juste retour des choses, l’entreprise ayant une tendance générale à être attentive à l’environnement et à la production de CO2.
Et Olivier Haegeli de préciser, qu’à ses yeux, « il n’y a pas de raison de ne pas participer, sauf si l’on ne possède pas la surface à disposition pour l’installation des panneaux photovoltaïques ». Tout est fait pour faciliter la tâche et rendre l’opération intéressante. Concrètement, les SID sont les investisseurs et cherchent le financement au moyen du prêt citoyen ; ils s’occupent ensuite de construire (et d’entretenir) la centrale PV sur le toit mis à disposition par le client, client à qui l’énergie produite est vendue de façon préférentielle. Quant aux excédents d’énergie, ils sont injectés dans le réseau.
Pour une entreprise telle que Willemin-Macodel SA, les avantages sont multiples. Tout d’abord, « la partie autoconsommation fera l’objet d’un prix stable, hors des taxes qui viendraient grever le prix du kW à l’avenir ». De plus, le fait d’avoir elle-même contribué au prêt citoyen a permis de réduire encore un peu plus le prix du kWh (en prêtant de l’argent et en bénéficiant du remboursement au taux prédéterminé du prêt citoyen). En termes d’image également, la participation à ce projet est une claire plus-value aux yeux de certains de leurs clients – en Suisse comme à l’étranger – qui tiennent compte de l’élément écologique dans leur cahier des charges. C’est aujourd’hui un argument que l’entreprise utilise dans ses discussions avec les clients.
Un bilan très positif qui présage de beaux projets
A ce jour, les SID comptent déjà près de 25 000 m2 d’installations photovoltaïques, réalisée grâce au modèle de prêt citoyen. Ces réalisations sont diverses et touchent autant des installations photovoltaïques sur des bâtiments publics, parapublics (patinoires, écoles, lieux de cultes, immeubles mixtes) et privés (industries, cinémas, presse, habitations) que des installations basées sur d’autres sources d’énergie électrique comme une centrale hydroélectrique.
Concernant le taux de financement participatif de ces projets, il est proche des 100 % pour les trois dernières années (En moyenne, depuis 2013, il se situe à plus du 60 %). Les gens s’accordent à dire que la ville de Delémont et ses citoyens ont développé une prise de conscience collective qui s’est construite sur les années, que ce soit au niveau individuel, comme au niveau des organisations économiques ou du patronat.
La ville de Delémont, et les SID en particulier, sont « victimes de leur succès ». En effet, des citoyens sont encore sur liste d’attente pour pouvoir contribuer à un prêt citoyen. La motivation et l’intérêt de la population sont bien là. En effet, le niveau d’investissement par habitant en faveur du photovoltaïque, pour une petite ville telle que Delémont, se monte à CHF 750. Sans faire de comparaison hasardeuse, un tel niveau d’investissement dans une grande agglomération comme Zürich représenterait environ 1 milliard.
Des perspectives à court, moyen et long terme
En termes de perspectives, c’est « sans limites » selon Michel Hirtzlin. En effet, pour les prochains projets comme le Théâtre du Jura, il ne s’agira pas seulement de photovoltaïque, mais également de chauffage. Les SID se lancent donc dans le « contracting énergétique » complet. Ils vont ainsi financer un chauffage central à pellets. La seule chose devant encore être réglée : la durée de vie des équipements. Cette dernière est différente en fonction des installations, et il en va de même pour le taux d’intérêt (qui devrait se situer entre 1,5 et 2 %). Les bornes de recharge et la gestion de consommation multifluide, toutes développées avec leur partenaire Inera SA, seront également intégrées dans ce concept participatif.
À moyen terme, avec un horizon de 3 à 5 ans, il est prévu de construire un écoquartier comprenant 340 appartements répartis sur 9 immeubles. Dans ce projet, les SID vont faire le contracting énergétique global. Il y aura donc : photovoltaïque, batteries de stockage, bornes de recharge, chauffage mixte entre panneaux solaires thermiques et pompes à chaleur, ainsi qu’un système de gestion du comptage multifluides en communauté d’autoconsommation.
Et à long terme, tout investissement dans le domaine énergétique renouvelable se fera sans aucun doute au moyen de prêts citoyens. Ceci, bien entendu, tant que ces derniers seront intéressés à prêter et qu’il y aura une recherche partenariale de la part des entreprises. Pour l’instant, le prix du kWh (que ce soit thermique ou électrique) reste compétitif et les gens continuent à s’intéresser toujours davantage aux énergies renouvelables et aux questions de transition énergétique.
Si un projet éolien devait voir le jour, ce serait avec un prêt citoyen. Seules des conditions-cadres contraires seraient susceptibles d’empêcher un tel développement. Il en est de même pour un projet de chauffage à distance (On parle d’un horizon à 2030). Les perspectives sont donc nombreuses et la ville de Delémont, avec ses SID, a bien l’intention de poursuivre sur sa lancée.