La mise en œuvre de la transition énergétique requiert une infrastructure de réseau adaptée. Elle doit répondre aux enjeux d’intégration des installations de production décentralisées (par ex. le déploiement des installations PV de toiture) et aux nouveaux usages et modes de consommation (par ex. l’augmentation de la demande en électricité liée aux véhicules électriques et aux pompes à chaleur, le développement de l’autoconsommation, le recours à la flexibilité, etc.). Dans ce contexte, la planification stratégique du réseau électrique doit anticiper les possibles impacts sur les ressources internes, notamment financières mais aussi de main d’œuvre. Dans cet article, nous décrivons l’approche standard que nous avons développée et mise en œuvre pour quantifier l’impact de la transition énergétique pour les infrastructures des GRD suisses.
Objectifs
Cette démarche ne vise pas à se substituer aux activités du GRD en matière de dimensionnement de l’infrastructure, de planification opérationnelle ou de gestion d’actifs du réseau de distribution. Elle vise à donner des perspectives 2025-2050 sur de grandes métriques stratégiques, pour planifier et anticiper sur le long terme les besoins nécessaires au renforcement du réseau, tout en prenant en compte les spécificités locales de la zone de desserte (par ex. la topologie du réseau, la typologie des consommateurs, la production PV distribuée, les sources de flexibilité, …). Il s’agit notamment d’estimer :
- Les volumes d’investissements additionnels dans le réseau (MCHF/an) et la trajectoire annuelle d’ici 2050, avec une analyse de sensibilité selon différents scénarios énergétiques ;
- Les zones géographiques avec possiblement les plus fortes contraintes pour l’infrastructure et le nombre de chantiers associés ;
- La valeur de la flexibilité sur la zone de desserte (par ex. profils de charge, autoconsommation, batteries, gestion de l’injection PV) pour limiter les renforcements dans le réseau (MCHF/an) ;
- Un premier ordre de grandeur de l’impact sur les besoins en ressources humaines pour les équipes concernées (par ex. EPT pour la planification, la conduite chantier, les monteurs, la gestion d’actifs,…).
Méthodologie
La méthodologie de cette analyse prend en compte la réalité distribuée du réseau d’un GRD tout en répondant à un besoin de planification stratégique. D’une part, cette analyse représente un cas concret de valorisation des données internes au GRD (par ex. données de réseau, courbes de charges et données de mesures) : la réalité du réseau de distribution est prise en compte en retenant une modélisation de chaque bâtiment et de chaque élément de réseau (par ex. tronçons et impédances, départs, postes MT-BT…) de la zone de desserte. De plus, les comportements électriques individuels de chaque bâtiment peuvent être finement modélisés avec l’appui d’outils de Machine Learning, développés spécifiquement pour cette analyse. D’autre part, ce travail vise à produire des résultats d’un niveau stratégique pour une Direction en quelques mois seulement. Ce laps de temps réduit permet aux équipes du GRD de se projeter rapidement sur le sujet, tout en contrôlant l’effort associé. De plus, dans une perspective stratégique, si les scénarios énergétiques à considérer viennent à évoluer, les résultats de l’étude peuvent être mis à jour rapidement.
Dans cet article, nous illustrons notre approche, segmentée en 5 modules, en prenant pour exemple le réseau de distribution d’OIKEN et la zone de desserte associée. Un travail similaire a été réalisé pour les SiL sur leur zone de desserte.